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Les investisseurs en création d'entreprises


Les investisseurs s’intéressant réellement à la création d’entreprise ou à la jeune entreprise sont les « Business Angels ». Quelle est leur typologie ? Les investisseurs personnes physiques peuvent se regrouper en 4 grands types : les Business Angels à l’américaine, les « associés », les CSP+, les « défiscaliseurs » et, hélas, les prédateurs.

Les Business Angels à l'américaine

Il s’agit en général d’anciens chefs d’entreprises qui disposent d’un patrimoine important et qui souhaitent garder le contact avec le tissu économique.

Le prototype du Business Angels, ayant vendu son entreprise (ou ayant effectué une belle entrée en bourse), a pris des vacances dans les îles, sous les cocotiers, où il s’est refait une santé. Après 6 mois, il s’ennuie, l’action lui manque. Il a envie de reprendre contact avec l’entreprise, sans pour autant en assumer de nouveau la lourde charge. La chance lui ayant souri, il voudra « renvoyer l’ascenseur ». Il va donc volontiers consacrer une part de ses disponibilités à soutenir des entrepreneurs sur des projets présentant des perspectives intéressantes.

Son investissement par entreprise est généralement de l’ordre de 50 k€ à 300 k€.

S’ils ne souhaitent pas intervenir dans la gestion quotidienne de l’entreprise, Les Business Angels à l’américaine vont lui apporter leur relationnel et leur expérience. Souvent ils seront membres du Conseil d’Administration, ou de Surveillance. Toutefois, la tentation de reprendre les rennes demeure et peut constituer un poids pour l’entrepreneur.
La plupart restent discrets et souhaitent préserver leur intimité. Il est donc difficile de les dénombrer avec précision.

Ils se comptent probablement par centaines en France.

Les candidats "associés"

Généralement cadres, ou cadres supérieurs, les candidats « associés » se cherchent une nouvelle carrière.

Séparé de son dernier emploi mais à la tête d’un pécule intéressant, le prototype du candidat « associé » a voulu créer ou reprendre une entreprise, mais il n’a pas pu concrétiser son rêve.

En effet, créer une entreprise ne se décrète pas, même si l’envie est là. Il faut déjà une idée, une compétence, un marché, etc … Reprendre une entreprise est une démarche longue, laborieuse, frustrante. Il faut trouver la bonne cible. Puis il faut s’entendre avec le vendeur. Puis il faut négocier, délicatement, car le vendeur est souvent un chef d’entreprise patrimonial qui donne à son entreprise une forte valeur affective, tellement affective qu’au dernier moment il se rétracte et n’est plus vendeur.

Le repreneur va donc se muer en candidat « associé », disposé à rejoindre un entrepreneur pour en devenir un associé actif. Il y apportera non seulement des capitaux (entre 30 k€ et 300 k€), mais également des compétences complémentaires, souvent en gestion ou en marketing et commercial.

Ce type d’association doit être abordé avec une grande prudence. En effet, prendre un associé est un acte aussi important que se marier. Encore passe-t-on parfois plus de temps avec ses associés qu’avec son conjoint.

En particulier, on évitera le candidat dont la mentalité est plus celle d’un salarié que celle d’un entrepreneur.

Les candidats « associés » se comptent probablement par milliers en France.

Les CSP+

Situés dans la Catégorie Socio Professionnelle supérieure, souvent cadres, cadres supérieurs ou cadres dirigeants, ils peuvent aussi être médecins, pharmaciens ou même fonctionnaires. Ils sont en activité, en préretraite ou en retraite.

Le prototype du CSP+ a toujours rêvé de créer une entreprise, mais il n’a jamais eu l’opportunité, ou jamais osé. En effet, il a de très bons revenus, une famille, des biens immobiliers, des actions en bourse. Risquer de perdre tout cela demande réflexion. Il va donc préférer créer par procuration, assouvir sa passion par personne interposée.

Il est capable d’investir plusieurs dizaines de k€ dans plusieurs projets. Il n’a pas, en général, la prétention d’intervenir dans le management de l’entreprise.
Dans certains cas où la taille du projet est faible et donc leur poids relatif plus important, les CSP+ peuvent vouloir faire profiter l’entrepreneur de leur expérience, à bon ou mauvais escient. Généralement ils apportent à l’entrepreneur un bien précieux : leur carnet d’adresses.
Leur connaissance capitalistique est souvent faible.

Les CSP+ investisseurs potentiels se comptent probablement par dizaines de milliers en France.

Les défiscaliseurs

Habitués à la recherche de produits de défiscalisation traditionnels (assurances, retraite, bateaux, immobiliers), les défiscaliseurs sont aujourd’hui privés, par la nouvelle législation, de nombreuses opportunités de déduction fiscale.

Ils découvrent les avantages de la loi « MADELIN » sur l’investissement dans la jeune entreprise (-25% d’impôts) et vont investir jusqu’au plafond (40 000 euros pour un couple) dans une ou plusieurs entreprises .

Leur connaissance capitalistique est faible voire nulle. Certains vont investir sans lire le dossier du projet. Ils seront souvent actionnaires « dormants », mais risquent de se réveiller en sursaut en cas de difficultés graves.

Les « défiscaliseurs » potentiels se comptent probablement par centaines de milliers en France.

Les prédateurs

Tous les Business Angels ne sont pas des « anges ». Certains d’entre eux ont pour motivation principale d’écarter l’entrepreneur afin de prendre le contrôle de son entreprise.

C’est ainsi que deux types de « Business Angels » mériteraient davantage le qualificatif de « Business Devils », tant leur caractère angélique est difficile à démontrer.

- Le prédateur financier se présente comme un professionnel de la « haute finance » dont l’expérience va être un atout précieux pour l’entrepreneur. Néanmoins, il n’hésitera pas, par la suite, à plonger dans la « basse finance ». Il utilisera les techniques les plus sordides (d’ailleurs pratiquées par certains fonds de capital-risque) afin de prendre, d’entrée de jeu, une position dominante dans l’entreprise.

- Le dandy oisif fait partie d’une famille riche, par filiation ou par alliance. Il n’a donc pas vraiment besoin de travailler. Son comportement initial sera celui d’un CSP+ capable d’attirer la sympathie. Il ne se révèlera réellement qu’une fois actionnaire. Le dandy oisif est redoutable, car non seulement il a du temps disponible pour commettre son forfait, mais encore il ne craint pas de détruire l’entreprise qu’il convoite en utilisant la technique de prise de pouvoir suivante.

Plutôt que d’aider l’entrepreneur à passer un cap difficile, il va au contraire en profiter pour le critiquer et le décrédibiliser. Ainsi, en l’espace de quelques jours, l’entrepreneur peut se retrouver mis en minorité au plus fort d’une tempête et proprement débarqué sur la simple foi de ragots et d’intrigues. « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage ».

D’une manière générale, les prédateurs méprisent non seulement les entrepreneurs mais également les autres Business Angels, dont ils peuvent anéantir les investissements sans état d’âme.


Jean-François PRAT
extrait de son livre "Création d'entreprise : les clés de la réussite"
publié chez Alban Editions le 18 Mars 2008


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