La création d’entreprise par les étudiants et le statut de Jeune entreprise universitaire

Dernière modification le 02 mai 2012.
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Est-il raisonnable d’encourager les jeunes diplômés à créer une entreprise ? Ils possèdent une précieuse culture de la créativité et de l’innovation, mais on ne doit pas occulter leur légitime manque d’expérience. Les politiques se sont donc penchés sur ce phénomène de création d‘entreprise chez les étudiants et ont proposé un statut adapté : la Jeune Entreprise Universitaire.


Créer son entreprise à la sortie de ses études : avantages et inconvénients

Devant la responsabilité pédagogique et sociale que représente la création d’entreprise, on peut s’interroger sur le phénomène des jeunes entrepreneurs. Un sondage, réalisé par l’Ifop au moins de juin 2011, montre en effet que 39 % des jeunes entre 20 et 24 ans, souhaiteraient créer leur entreprise ou être à leur compte. Or, si l’on regarde les arguments en faveur d’une création d’entreprise, il est certain que les étudiants ont généralement beaucoup de dynamisme, d’enthousiasme, ainsi que des aptitudes à innover et à déceler de nouveaux marchés, issus ou non de nouvelles technologies. Ils possèdent une culture de la créativité, de l’innovation qui est précieuse.
On ne doit pas occulter cependant leur manque d’expérience, légitime. Ceci est d’autant plus vrai s’ils décident de se lancer sur des marchés déjà existants et fortement concurrencés, où l’expérience constitue un facteur clé de succès. C’est pourquoi la stratégie de niche est souvent la mieux adaptée pour les jeunes, car ils prendront plus facilement des parts de marché sur des marchés innovants où la concurrence est faible.

Le manque d’expérience en management d’équipes et de ressources humaines est aussi un facteur à prendre en compte, d’où la nécessité de se faire accompagner et de se former.

On peut également citer au rang des faiblesses une appréciation plus aléatoire des risques, une moindre intuition et une moins bonne aptitude à la négociation, voire une naïveté, un certain irréalisme. C’est bien pourquoi leur capacité d’innovation constitue à elle seule un avantage concurrentiel.

Ce qui semble aussi être un frein à la création pour les étudiants, c’est tout simplement leur difficulté à déterminer ce qu’ils souhaitent pour leur vie professionnelle. Souvent, ils ne savent pas très bien ce qu’ils veulent faire et leur avenir professionnel est à choix multiples en fin d’études :n’est-ce pas une solution de fuite face au marché du travail jugé inquiétant ?

En tout cas, les étudiants semblent moins confrontés à la peur de l’insécurité matérielle, puisqu’ils ont à la fois moins de contraintes financières (les parents pouvant être encore derrière sur le plan financier) et de responsabilités familiales. Ils acceptent facilement pendant quelques temps un mode de vie et une rémunération proches de celle de leur statut d’étudiant. Cette transition ne doit cependant pas s’éterniser et il semble que 18 mois soit le seuil critique à ne pas dépasser. Au-delà, les étudiants créateurs ont envie de revenir à un niveau de revenus plus proche de celui des anciens de leur promotion… De plus, nombre d’étudiants savent qu’ils pourront de toute façon valoriser leur diplôme en cas d’échec et qu’ils ont de quoi rebondir au cas où.

On peut également s’interroger sur le fait qu’entreprendre jeune vient peut-être plus naturellement lorsqu’on est issu d’une famille entrepreneuriale. Les études menées sur ce thème montrent que l’influence familiale est prégnante, mais pas déterminante sur l’intention de créer, car le groupe d’amis, les professionnels, les professeurs, les responsables de stages sont tout autant des personnes susceptibles d’influencer aussi - dans un sens comme dans l’autre - la création d’entreprise.

Le statut de Jeune entreprise universitaire

Les politiques se sont penchés sur ce phénomène de création d’entreprise chez les étudiants et ont mis en place un statut adapté : la Jeune entreprise universitaire (JEU) qui découle en fait du statut de Jeune entreprise innovante (JEI)

La JEU concerne les petites et moyennes entreprises créées depuis moins de huit ans, dirigées et détenues directement à hauteur d'au moins 10 % par des étudiants, des jeunes diplômés, des enseignants ou chercheurs d’établissements d’enseignement supérieur public ou privé - et qui a pour activité principale la valorisation de travaux de recherche auxquels ce dirigeant ou cet associé a participé, au cours de sa scolarité ou dans l’exercice de ses fonctions au sein de l’établissement d’enseignement supérieur.

L’entreprise et l’établissement d’enseignement supérieur signent une convention prévoyant les conditions de la mise en valeur des travaux de recherche, leur nature et les prestations attribuées à la jeune entreprise universitaire. Elle est conclue pour une durée de trois ans renouvelable, dans la limite de huit années à compter de la date de création de l'entreprise.

Le statut fiscal de la Jeune entreprise universitaire

La JEU est intéressante, car elle bénéficie de nombreux allègements fiscaux :

  • l’exonération totale de l’imposition forfaitaire annuelle durant toute la période d'application du statut spécial ;
  • l’exonération des charges patronales portant sur les cotisations patronales d’assurances sociales et d’allocations familiales dues au titre des rémunérations versées aux personnes affectées aux projet de R&D, à l’exception des cotisations pour les accidents du travail et les maladies professionnelles ;
  • l’exonération d'impôt sur le revenu (IR) ou d'impôt sur les sociétés (IS) à raison des bénéfices réalisés au titre du premier exercice ou de la première période d'imposition bénéficiaire (période limitée à 12 mois) ;
  • l’exonération des bénéfices réalisés au titre du deuxième exercice ou de la deuxième période d'imposition ne sont soumis à IS ou IR que pour la moitié de leur montant.
  • l’exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe professionnelle sur délibération des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale ayant une fiscalité propre.

Par mesure de sécurité, l’entreprise a la possibilité de demander aux services fiscaux si elle répond ou non à ces critères. L’avis exprès ou tacite délivré au contribuable dans un délai de trois mois par l’administration fiscale est alors opposable à l’Urssaf.

Sensibiliser davantage les étudiants à l’entrepreneuriat

Plus les étudiants seront sensibilisés à l’entrepreneuriat et plus ils seront favorables à une création éventuelle. La démarche de création d’une entreprise peut s’apprendre sur le plan de la technique mais, par exemple, la motivation, la prise de risques, la créativité, la persévérance sont plutôt des valeurs propres à chacun et restent difficiles à transmettre… Cependant, les écoles qui proposent des mises en situation avec réflexion complète sur des projets de création d‘entreprise, impliquant les étudiants jusqu’à être proches de l’immatriculation, - comme cela se fait par exemple à l’IFAG dans le cadre de son concours national “Kcréa” – permettent aux étudiants d’apprendre au moins les réflexes clés de la méthodologie de création d’une entreprise. Ils devront ensuite bien étudier leurs motivations et leur projet de vie pour passer à l’acte si leur modèle économique est vraiment viable et pérenne.

Valérie Weill
Consultante en création d‘entreprise

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