Libéral : la protection sociale de l'entrepreneur individuel
Le législateur est intervenu au cours des dernières années pour rapprocher le régime social de l'entrepreneur exerçant sous la forme d'une entreprise individuelle de celui applicable aux salariés.
I) Le régime social applicable : RSI
Le Code de la sécurité sociale prévoit que les membres des professions libérales sont soumis au régime social des indépendants (RSI).
Le RSI s’est substitué aux caisses maladie et retraite obligatoires (Canam, Organic, AVA).
Il est l’interlocuteur des professionnels indépendants pour leur protection sociale :
- assurance obligatoire maladie-maternité ,
- assurance vieillesse ,
- assurance invalidité-décès.
NB : les caisses vieillesses des professions libérales ne sont pas dans le RSI.
II) Cas des personnes qui exercent simultanément plusieurs activités
A) Le principe : cumul des cotisations
Les personnes qui exercent simultanément plusieurs activités dont l'une relève de l'assurance obligatoire du RSI sont affiliées et cotisent, par principe, simultanément aux deux régimes dont relèvent ces activités. Par exemple, une personne qui exerce à la fois une activité salariée (régime général de la sécurité sociale) et une activité de commerçant (régime RSI) doit en principe cotiser aux deux régimes.
En revanche, le droit aux prestations n'est ouvert que dans le régime dont relève l'activité principale (en cas de cumul d'une activité non salariée et salariée, l'activité principale est en principe l'activité non salariée ; toutefois, l'activité salariée est réputée être l'activité principale si l'intéressé a accompli, au cours de l'année de référence, au moins 1200 heures de travail salarié lui ayant procuré un revenu au moins égal à celui retiré par ses activités non salariées).
B) Le cas particulier du cumul salarié/ non-salarié les douze premiers mois d'activité
Depuis la loi du 1er août 2003 pour l'initiative économique, un salarié qui crée son entreprise peut, dans une certaine mesure et sous certaines conditions, ne cotiser qu'au titre de sa seule activité salariée pendant les douze premiers mois d'activité. Cette mesure est entrée en vigueur et s'applique pour toutes les entreprises créées à partir du 1er janvier 2004.
Les cotisations dont l'entrepreneur peut être exonéré sont les suivantes : maladie, maternité, veuvage, vieillesse de base, invalidité, décès et allocations familiales (la CSG, la CRDS, les cotisations d'assurance-chômage, accident du travail et retraite complémentaire sont donc exclues de l'exonération).
Pour bénéficier de cette exonération, l'activité salariée ou assimilée doit représenter un certain nombre d'heures :
· l'activité salariée ou assimilée doit être antérieure à la création de l'entreprise et doit avoir représenté au moins 910 heures au cours des douze mois précédant la date de création ou de reprise de l'entreprise ;
· l'activité salariée ou assimilée doit représenter au moins 455 heures pendant les douze mois suivant la date de création ou de reprise de l'entreprise.
L'exonération est plafonnée : elle ne s'applique que dans la limite d'un plafond de revenus afférents à l'activité nouvellement créée 120 % du Smic.
Pour bénéficier de l'exonération, il faut adresser une demande à chaque organisme concerné (c'est-à-dire aux différents organismes compétents pour l'assurance maladie, les allocations familiales et la retraite de base) à l’issue des 90 premiers jours de la période d’activité et au plus tard à l’issue de la période d’exonération.
III) Le calcul des cotisations
Le régime social des indépendants (RSI) est indépendant du régime général de la Sécurité sociale. Il est financé par les cotisations des travailleurs non-salariés en activité.
Les cotisations sont calculées sur la base d'un pourcentage des résultats de l'entreprise individuelle (seuls les revenus professionnels de l'entrepreneur sont pris en compte).
Attention : pour les départements d'outre-mer (DOM), la réglementation est spécifique.
Comme les résultats de l'année en cours ne sont, par définition, pas encore connus (on ne sait pas au début de l'année quels seront les résultats à la fin de l'exercice), des versements provisionnels doivent être effectués par l'entrepreneur sur la base des résultats déclarés lors des deux années précédentes. Ces versements provisionnels feront ensuite l'objet d'une régularisation.
Quand le résultat réel de l'exercice passé sera connu, une régularisation aura lieu en comparant (i) les sommes versées par l'entrepreneur au titre des cotisations provisionnelles (ii) aux revenus réels finalement déclarés. Si les cotisations réellement dues sont inférieures aux sommes versées à titre provisionnel, l'entrepreneur se fait rembourser le trop perçu ; si elles sont supérieures, l'entrepreneur doit payer la différence.
Lors des deux premières années d'activité, il n'est pas possible d'utiliser cette méthode puisque les exercices N-2 et N-1 n'existent pas. Les cotisations de l'entreprise sont donc établies de manière forfaitaire lors des deux premières années. Il s'agit cependant uniquement d'un report : les cotisations feront l'objet d'une régularisation lors de la troisième année en fonction du résultat réel qui aura été déclaré pour les années précédentes (les cotisations forfaitaires sont le plus souvent inférieures à ce qui est réellement dû, il est donc très important pour l'entrepreneur de mettre de l'argent de côté afin de pouvoir faire face à la demande de régularisation qui lui sera faite lors de la troisième année).
Depuis la loi du 1er août 2003 pour l'initiative économique, le créateur d'entreprise peut demander un échelonnement de ses cotisations sociales personnelles dues au titre de la première année d'activité sur une période maximale de 5 années. Cet échelonnement peut être obtenu une fois tous les cinq ans.
IV) Les différentes cotisations
Le RSI assure le recouvrement de l’ensemble des cotisations sociales personnelles :
- maladie-maternité (à l’exception des professions libérales) ;
- retraite ;
- invalidité-décès ;
- allocations familiales ;
- CSG-RDS.
Le règlement des cotisations par prélèvement mensuel est la règle.
Le chef d’entreprise reçoit en décembre un échéancier unique indiquant le calendrier des prélèvements pour l’année suivante.
A) L'assurance maladie - maternité
Le RSI a délégué la gestion des prestations d'assurance maladie (remboursement des soins de santé et indemnités journalières en cas d'arrêt de travail) et d'assurance maternité des chefs d’entreprise aux organismes conventionnés (RAM ou Mutualistes).
Vous devrez choisir lors de votre immatriculation un organisme conventionné : c'est auprès de cet organisme que vous payerez vos cotisations et c'est ce même organisme qui vous versera vos prestations (pour le compte de la caisse de base du RSI). Vous pouvez vous procurer la liste des différents organismes conventionnés (sociétés d'assurance ou sociétés mutualistes) auprès de votre Centre de formalités des entreprises : plusieurs organismes vous seront proposés, mais quel que soit votre choix, vous payerez les mêmes cotisations et recevrez les mêmes prestations.
Une première cotisation est due le 1er avril et une seconde le 1er octobre.
Depuis la loi du 1er août 2003 pour l'initiative économique, la cotisation minimale maladie-maternité due par les travailleurs occasionnels créant leur entreprise pour l'exercice de leur activité est calculée prorata temporis et non, comme avant, sur la base d'un revenu annuel forfaitaire. Un seuil de cotisation minimale est toutefois publié par décret.
Afin de compléter les prestations du régime obligatoire, il est recommandé de souscrire une assurance santé complémentaire.
Pour obtenir des informations complémentaires sur les régimes d'assurance maladie et d'assurance maternité (droits aux prestations et montant des cotisations), vous pouvez consulter le site du RSI ; vous y trouverez notamment un logiciel vous permettant d'évaluer les charges (cotisations sociales et impôt sur le revenu) que vous aurez à payer dans le cadre de votre entreprise individuelle.
B) L'assurance vieillesse et l'assurance invalidité-décès
Pour les membres des professions libérales, les cotisations d'assurance vieillesse et d'assurance invalidité-décès sont gérées par douze caisses dites "sections professionnelles", juridiquement et financièrement autonomes. Les douze sections professionnelles sont réunies au sein de la CNAVPL (Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales).
1°) Les sections professionnelles
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Profession libérale
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Caisse compétente
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| Notaires | CRN Caisse de Retraite des Notaires |
| Avoués près les cours d'Appel Huissiers de justice Commissaires priseurs Administrateurs judiciaires Mandataires judiciaires à la liquidation des entreprises Greffiers près les Tribunaux de Commerce Arbitres près les Tribunaux de Commerce |
CAVOM Caisse d'Assurance Vieillesse des Officiers Ministériels, officiers publics et des compagnies judiciaires |
| Docteurs en médecine | CARMF Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France |
| Chirurgiens Dentistes | CARCD Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens Dentistes et des Sages-Femmes (CARCDSF) |
| Pharmaciens Directeurs de laboratoires d'analyses médicales non-médecins |
CAVP Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens |
| Sages-Femmes | CARSAF Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens Dentistes et des Sages-Femmes (CARCDSF) |
| Infirmiers Masseurs-Kinésithérapeutes Pédicures-Podologues Orthophonistes Orthoptistes |
CARPIMKO Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-Podologues, Orthophonistes et Orthoptistes |
| Docteurs Vétérinaires | CARPV Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Vétérinaires |
| Personnes exerçant l'activité : - d'agent général d'assurances . à titre libéral . au sein d'une société de capitaux en qualité : - d'associé gérant de SARL - d'associé commandité gérant de société en commandite par actions - de PDG ou DG de SA- de mandataires non salariés de l'assurance ne relevant ni du régime général ni de l'ORGANIC. |
CAVAMAC Caisse d'Allocation Vieillesse des Agents généraux et des Mandataires non salariés de l'Assurance et de la Capitalisation |
| - Experts-comptables inscrits à l'une des sections du Tableau de l'Ordre - Commissaires aux comptes exerçant leur profession à titre indépendant - Les personnes autorisées à exercer les professions énumérées ci-dessus en application de l'art. 26 de l'ordonnance du 19 septembre 1945. |
CAVEC Caisse d'Allocation Vieillesse des Experts-Comptables et des Commissaires aux comptes |
| - Les professeurs de musique - Les personnes exerçant leur activité dans le domaine des Arts graphiques et plastiques et n'étant pas considérées comme créatrices d'œuvres originales - Les personnes exerçant ou ayant exercé une activité d'enseignement de toute discipline, notamment en qualité de professeur, moniteur, répétiteur ou éducateur. - Les personnes non salariées exerçant la profession de guide touristique et accompagnateur de groupe, sportif et joueur professionnel, pilote, hôtesse d'exposition, mannequin libre et modèle, conférencier, animateur et speaker, correspondant local de presse écrite. |
CREA Caisse de Retraite de l'Enseignement, des Arts appliqués, du Sport et du Tourisme |
| Les personnes qui exercent à titre libéral la profession : - d'architecte, - d'agréé en architecture, - d'ingénieur -conseil, - d'expert, - de géomètre, - de conseil (notamment les conseils de gestion, conseils en brevets d'invention, conseils en relations publiques, psychologues-conseils, audit conseil), - d'actuaire, - de consultant, - d'analyste programmeur, - d'archéologue, - de psychothérapeutes, - de psychanalystes (non médecin), - d'attaché de presse, - de diététicien, - de traducteur technique, - d'interprète, - de métreur, - de vérificateur, - de dessinateur technique, - de dessinateur projeteur, - de maître d'œuvre, - d'économiste de la construction, - de technicien (notamment les techniciens du bâtiment), - de sténotypiste de conférences, - d'interprète de conférences, - d'agent privé de recherches et de renseignements, - de chargé d'enquêtes, - de secrétaire à domicile, - d'écrivain public, - d'esthéticienne, - de vigile. |
CIPAV Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d'Assurance Vieillesse |
Les avocats relèvent d'un régime particulier, géré par la CNBF.
| Avocats. | CNBF Caisse Nationale des Barreaux Français |
2°) L'assurance vieillesse
Comme pour les salariés, les membres des professions libérales bénéficient d'un système de retraite par répartition : les cotisations des personnes en activité permettent de verser les pensions aux retraités.
L'adhésion à l'assurance vieillesse de base est obligatoire. Un régime de retraite complémentaire facultatif est également organisé (pour certaines professions, le régime complémentaire est obligatoire).
Il existe également un régime complémentaire d'assurance vieillesse en faveur des conjoints des membres des professions libérales (ce régime est facultatif, mais s'il ne cotise pas, le conjoint qui participe à l'activité libérale n'aura pourtant aucun droit personnel à une retraite au titre de l'activité libérale).
3°) L'assurance invalidité-décès
L'assurance invalidité-décès donne droit :
- à une pension d'invalidité (en cas d'invalidité totale et définitive),
- à une pension pour incapacité au métier (en cas d'arrêt de travail se prolongeant au-delà de la période couverte par les indemnités journalières),
- à un capital-décès (pour les proches d'un artisan qui décède).
Pour obtenir des informations complémentaires sur les régimes d'assurance vieillesse et d'assurance invalidité-décès (droits aux prestations et montant des cotisations), vous pouvez vous connecter au site de la CNAVPL (et au site de votre section professionnelle) ou de la CNBF. Vous trouverez par ailleurs sur le site du RSI un logiciel vous permettant d'évaluer les charges (cotisations sociales et impôt sur le revenu) que vous aurez à payer dans le cadre de votre entreprise individuelle.
C) Les allocations familiales et accident du travail
Toute personne physique exerçant, même à titre accessoire, une activité non salariée est tenue de verser des cotisations d'allocations familiales (allocations familiales, CSG et CRDS). Elles sont perçues par l'Urssaf (échéances les 15 mai, 15 août, 15 novembre et 15 février).
Les prestations sont versées par les Caisses d'allocations familiales (CAF).
Pour obtenir des informations complémentaires sur les allocations familiales et accident du travail (droits aux prestations et montant des cotisations), vous pouvez vous connecter au site l'Urssaf. Vous trouverez par ailleurs sur le site du RSI un logiciel vous permettant d'évaluer les charges (cotisations sociales et impôt sur le revenu) que vous aurez à payer dans le cadre de votre entreprise individuelle.
D) Le chômage
L'entrepreneur individuel ne bénéficie pas de l'assurance chômage : si son activité disparaît, il ne percevra donc pas d'indemnités de chômage.
L'entrepreneur peut cependant souscrire à une assurance qui couvre ce risque.
Pour en savoir plus : consultez les sites RAM et RSI.
Me Marc-Etienne Sebire
Me Bastien Bernard
Avec l'aimable collaboration de Valérie Raffestin (RAM/ GAMEX)
redaction@netpme.fr
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