Crise des subprime et crise de liquidité

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Beaucoup d’économistes ont commenté les actions des Banques Centrales ces derniers mois. Cet article essaye d’expliquer ces actions en déterminant pourquoi et comment les Banques Centrales ont joué leur rôle de "pompier" au sein du système financier.


Beaucoup d’économistes ont commenté les actions des Banques Centrales ces derniers mois. Cet article essaye d’expliquer ces actions en déterminant pourquoi et comment les Banques Centrales ont joué leur rôle de « pompier » au sein du système financier.

Lorsque les premières faillites apparaissent, les établissements financiers solvables qui détiennent des titres risqués en portefeuille vont essayer de les vendre rapidement pour en tirer la plus haute valeur de liquidation possible. Ces établissements ont alors besoin « d’argent frais » (liquidités) pour faire face à leurs pertes et couvrir leurs activités courantes. Ils vendent donc ces produits structurés (titres financiers adossés au crédits à risque) dont la valeur de liquidation diminue à mesure que l’offre de ces produits sur le marché financier augmente. La demande pour ces produits désormais trop risqués va, de ce fait, diminuer. S’enclenche à ce moment-là un mécanisme de « contagion » accompagné d’une crise de confiance. Si au bout d’un certain laps de temps ces titres risqués ne trouvent plus de preneur sur le marché financier alors, les établissements financiers ne peuvent plus obtenir de liquidités (« argent frais »). Enfin, si la revente des titres risqués n’est plus possible et que les banques ne se font plus assez confiance pour se prêter de l’argent entre elles à un taux d’intérêt raisonnable, la menace d’une crise de liquidité asséchant l’ensemble du système bancaire et financier est bien présente. C’est la menace d’une telle crise de liquidité qui a fait réagir les Banques Centrales.

Une crise de liquidité peut mettre en difficulté des établissements financiers qui étaient pourtant solvables avant la crise dès lors que ces derniers ne peuvent plus faire face à leurs dettes de court terme. Le risque est que ces établissements financiers vendent leurs titres « sains » afin de trouver des liquidités. De plus, une crise de liquidité peut déboucher sur une crise systémique si elle n’est pas endiguée assez rapidement. Une crise systémique apparaît lorsque le risque porté par des acteurs financiers (ici les établissements financiers) se transmet à l’ensemble du système (financier et non financier) à l’intérieur et à l’extérieur d’un pays.

Les Banques Centrales ont donc dû agir afin d’endiguer le risque d’une crise de liquidité débouchant sur une crise systémique. Elles ont injecté des liquidités dans le système financier (liquidités interbancaires). Les montants injectés par la BCE (Banque Centrale Européenne) et la Fed (Banque Centrale Américaine) se chiffrent en centaines de milliards de dollars. Concrètement, les Banques Centrales injectent de l’ « argent frais » dans le système financier en rachetant les titres qui ne se vendent plus sur le marché financier en échange de liquidités. Afin de faciliter l’obtention de liquidités sur le marché interbancaire, la Banque Centrale peut aussi diminuer ses taux d’intérêts directeurs. En effet, cela permet aux banques de se prêter de l’argent entre elles en rétablissant un « sentiment de confiance ». Les banques peuvent en outre « emprunter » de l’argent directement auprès de la Banque Centrale à un taux plus avantageux. La Fed a utilisé tour à tour ces deux moyens d’action afin d’éviter un « krach » financier d’une ampleur incontrôlable. Quant à la BCE, elle n’a pas baissé ses taux directeurs. Cette manière d’agir soulève toutefois des interrogations.

On peut ainsi se demander de manière tout à fait légitime si le rôle d’une Banque Centrale est de sauver les responsables en jouant le rôle du prêteur en dernier ressort ? Cette question a d’ailleurs fait l’objet de nombreux papiers économiques ces dernières années sans qu’une réponse tranchée ne soit apportée.

Injecter des liquidités dans le système financier revient à étancher la soif de ceux qui en sont la cause. D’un point de vue économique, le fait de sauver les acteurs défaillants du système fait naître un problème d’ « aléa moral ». En effet, si les établissements financiers savent qu’ils peuvent compter sur l’intervention de la Banque Centrale lorsqu’ils ont des difficultés financières alors, rien ne les empêchera de prendre des risques à l’avenir. En d’autres termes, la même erreur peut se répéter dans le temps puisque il n’y a pas de réelle sanction exercée sur les acteurs défaillants. Les établissements financiers vont-ils continuer à prendre des risques à l’aide d’instruments financiers toujours plus sophistiqués tout en faisant supporter le risque à d’autres acteurs économiques ?

En fait ici c’est l’économie tout entière qui va assumer les risques pris par une partie des acteurs du système financier. Les ménages américains qui peuvent perdre le bien immobilier pour lequel il se sont surendettés sont les premiers touchés. Des travailleurs américains ont perdu leur emploi et les investisseurs ont perdu des sommes importantes sur les marchés mondiaux.

Comme dans la plupart des crises à dominante financière, c’est toujours l’économie réelle qui, finalement, en subit les conséquences…


Sophie Pommet - ADMEO / GREDEG-CNRS
Université de Nice-Sophia-Antipolis
sophie.pommet@gredeg.cnrs.fr  

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