Les fusions-acquisitions : un retour en force ?
Réponses sous les angles économique et stratégique
Depuis le début de l'année 2005, le marché des fusions-acquisitions outre-Atlantique a atteint le chiffre impressionnant de 150 milliards de dollars. Les mois de janvier et de février, marqués par l'annonce d’opérations de rapprochement spectaculaires, sont symptomatiques d’un éventuel retour en force des fusions-acquisitions dans bon nombre de secteurs. A titre d’exemples, nous pouvons citer la vente de Gillette à Procter & Gamble après une négociation à l'amiable, la confirmation par le groupe des télécommunications SBC du rachat de ATT pour 16 milliards de dollars), le rachat de Nextel par Spring, Johnson & Johnson qui a jeté son dévolu sur Guidant et enfin, la chaîne de grands magasins Kmart qui a mis la main sur Sears. Ce mouvement succède aux deux années logiques de « purge », après le boom de 1999-2000 favorisé par la bulle de l’Internet.
L’Europe, quant à elle, ne peut pas en dire autant. Il y a bien eu, en France, le rachat de Marionnaud par le groupe Chinois Watson, mais le tableau reste encore minimaliste. Pourtant, selon Marc Touati, (économiste chez Natexis Banques Populaires), « un retour en force des mouvements de fusion-acquisition et d'OPA [1] arrivera certainement en Europe et en France dans les prochains trimestres » (Le Figaro Économie, mardi 8 février 2005).
Deux questions sont donc sur toutes les lèvres : Comment expliquer cette recrudescence des opérations de rapprochement ? Peut-on réellement parler de « nouvelle vague de fusions-acquisitions » ?
Selon l’angle d’attaque, économique ou stratégique, plusieurs réponses peuvent être apportées.
Un contexte économique plus que favorable
Comment définir précisément les actuels rachats d’entreprises ?
La mondialisation accélérée des économies, les déréglementations financières et les innovations technologiques permanentes, soutiennent d’importants besoins de restructuration des industries dans un contexte où les entreprises tendent à perdre de leur pouvoir concurrentiel. C’est ainsi que la plupart des fusions en cours sont de type horizontal, c’est-à-dire qu’elles réunissent des entreprises dont les activités sont situées au même stade du processus de production. Ces accords horizontaux présentent des finalités diverses. Outre la réalisation d’économies d’échelle (réduction des coûts du fait de l’augmentation des quantités produites), l’entreprise issue du processus de prise de contrôle possède d’autres motivations : l’accroissement du pouvoir de marché par l’exclusion volontaire de concurrents réels et/ou potentiels, le recentrage sur le cœur de métier et les compétences centrales, l’acquisition de nouvelles technologies, la répartition du risque dans le cadre d’investissements (particulièrement en matière de recherche et développement) visent à donner à l’entreprise nouvellement créée un avantage compétitif.
Par ailleurs, quels sont les vecteurs économiques de cette relance du mouvement des fusions-acquisitions ?
Les environnements macroéconomique et microéconomique sont propices à une reprise des opérations de fusions-acquisitions. En effet, d’un point de vue global, les conditions économiques et financières sont favorables. Aux États-Unis, le niveau relativement faible des taux d’intérêt est révélateur de ce contexte. La hausse de la rentabilité des fonds propres, le niveau élevé attendu des profits, la restauration des capacités de financement mais aussi l’amélioration de la valorisation des actions inhérentes aux entreprises elles-mêmes, laissent à penser une poursuite de la reprise des activités de fusions-acquisitions, au moins pour l’année 2005. Cependant, elles se feront dans des circonstances différentes par rapport aux décennies passées. Par exemple, du fait de l’augmentation des liquidités disponibles, mais aussi et surtout de la persistance de l’aversion pour le risque liée aux actions, les prises de contrôle actuelles sont prioritairement financées en « cash » (même si des cas de cessions d’actifs persistent). De plus, à court terme, ces stratégies financières s’effectuent par rachats de minoritaires et au niveau national (les concentrations internationales se raréfient).
Mais cette tendance prendra-t-elle la forme d’une véritable nouvelle vague de fusions-acquisitions à moyen terme ? Seuls les dossiers à venir nous le diront…
Fusions-acquisitions : à la recherche d’innovations ?
Les TIC « insufflent de la productivité et de l’innovation dans tous les secteurs de l’économie » (Rapport SESSI, 2003, p. 4). L’innovation est une nécessité vitale pour toutes les entreprises en situation de concurrence globalisée. Ces dernières doivent donc maîtriser et développer de nouvelles technologies afin de rester compétitives. Or, face à cet impératif, il est difficile, même pour les grandes sociétés, d’innover en permanence. En effet, la croissance rapide des connaissances techniques et les incertitudes liées au changement technologique rendent difficile et complexe, la création constante d’innovation. Dès lors, les fusions-acquisitions se présentent comme une stratégie de réponse à l’innovation. Le rapprochement entre deux sociétés est censé favoriser l’acquisition et l’appropriation de nouveaux actifs incorporels (nouveau savoir faire, compétences clés permettant de développer de nouvelles technologies…).
Fusions et création d’innovations : le débat reste ouvert…
Cécile SINTES et Audrey MISSONIER
ADMEO / CNRS
sintes@idefi.cnrs.fr amissonier@yahoo.fr

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