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La compression du coût unitaire du travail est-elle inévitable ?


Dans une économie mondiale, face à la concurrence accrue des pays émergents comme par exemple la Chine, les pays de l’Europe de l’Est et d’Amérique Latine, les firmes des pays industrialisés doivent réduire le coût unitaire de travail afin de rester compétitives, pour ne pas délocaliser leur production. En effet, alors que le coût moyen horaire en Chine n’est que de 0,6 dollar par heure, il est d’environ 20 dollars par heure dans les grands pays industrialisés comme les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. Cet écart significatif montre l’ampleur de la situation.
 
Cependant, l’ouverture aux échanges mondiaux et la concurrence vont impliquer une convergence vers un niveau intermédiaire des coûts unitaires du travail. Cet ajustement prendra un certain temps mais est déjà en cours. En effet, il y a eu une légère décélération du coût unitaire mesuré en monnaie locale en Europe et aux Etats-Unis et une baisse continuelle de celui-ci au Japon depuis le début des années 90. Cependant, si nous voulons avoir une analyse beaucoup plus rigoureuse en tenant compte de l’impact des variations des taux de change par rapport aux différents partenaires commerciaux, c’est-à-dire en corrigeant le coût unitaire du travail du taux de change effectif, alors la situation économique s’avère différente pour les Etats-Unis et l’Europe.
 
En effet, on voit une forte hausse du coût du travail en Europe, une stabilité aux Etats-Unis et une baisse au Japon. Finalement, l’appréciation de l’euro a empêché la convergence des coûts unitaires du travail. Certains y feront là un manque d’efficience de la politique monétaire. Dans ces conditions, la réduction du coût du travail ne peut se faire que par des gains de productivité ou des compressions de salaires.
 
Quelle est l’évolution de la productivité aux Etats-Unis et en Europe ?
 
Aux Etats-Unis, les gains de productivité ont été importants, par contre en Europe, ils restent faibles. Ceci est dû à un investissement trop faible de la part des entreprises en R&D mais aussi par des contraintes institutionnelles fortes notamment une protection importante de l’emploi et surtout un manque de concurrence sur le marché des biens et services. Au final, nous pouvons nous attendre à un freinage fort des salaires dans la zone euro. Cependant, la conséquence de cet ajustement par la baisse des salaires ne serait pas sans séquelles pour l’économie française. En effet, le risque est que cette compression des salaires induise une dépression keynésienne de la demande intérieure.
 
Au final, la surévaluation de l’euro qui selon certains devrait inciter les entreprises à réaliser des gains de productivité, nous semble totalement contrebalancée par des contraintes institutionnelles fortes. Toutefois, la compression des salaires nous apparaît encore plus dommageable pour l’économie française.
           
Dominique BIANCO - Université de Nice Sophia Antipolis 
ADEMEO/CNRS 
Bianco@idefi.cnrs.fr
 
 

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