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La PME l'avenir de l'entreprise


Pourquoi la PME est-elle l'avenir de l'entreprise ?

Parce qu'il est grand temps de changer de vocabulaire et de dépasser le seul critère de la taille, pour rendre compte de la réalité économique des entreprises

Même si les esprits ont sensiblement évolué depuis quelques années en France, le critère de la taille reste la référence en matière d'entreprise : on parle de "grande", de "moyenne", de "petite", de "très petite" et, comme le vocabulaire paraissait encore trop pauvre, on a inventé le concept de "micro". Qui osera demain nous parler de la "nano-entreprise" ?

Sur cette classification apparemment rationnelle, il n'est pas inutile de rappeler qu'est venue se greffer, subrepticement (comme si cela allait de soi), l'image parallèle des "grands patrons" et des "petits patrons".

Or il se trouve, contrairement à ce que laisse supposer cette dichotomie simplificatrice, que les entreprises de petite taille sont celles (pour ne prendre que deux exemples très simples) qui représentent, d'une part près de 95 % du nombre total d'entreprises et, d'autre part, depuis bien des années, la quasi-totalité des créations nettes d'emplois.

Parce que les PME représentent un agent économique à part entière, différent, qu'il convient d'étudier séparément

L'existence et la définition même d'une PME reposent sur le double rôle joué par son "patron", qui en est à la fois le dirigeant opérationnel et le détenteur (au moins majoritaire) du capital. Cette situation, unique et particulière, se traduit par le fait que le dirigeant-propriétaire assume seul le risque d'un projet dont il conduit par ailleurs personnellement la mise en œuvre.

C'est la raison, sans doute, pour laquelle ce mot de "patron" a fait l'objet d'un débat sémantique (convient-il vraiment de conserver un terme si peu adapté à la réalité du fonctionnement d'un certain type de dirigeants ?) et qu'il a été effacé de certaines tablettes sous le prétexte fallacieux qu'on le considérait péjoratif.

En fait ce mot n'a pas d'équivalent dans notre langue, et ne peut être remplacé valablement. Car un patron n'est pas seulement un "dirigeant" (ou bien un "chef" d'entreprise), pas plus qu'on ne peut le réduire à son seul rôle d'actionnaire, ou encore le voir comme un "entrepreneur ", nécessairement créateur de son entreprise.

Le patron, contrairement au dirigeant salarié d'une grande entreprise, est nommé (par lui-même) à vie, décide lui-même du partage de sa rémunération entre un revenu d'exploitant et des dividendes de "capitaliste", risque dans son combat quotidien la plus grande partie de son patrimoine, arbitre de façon indépendante les choix alternatifs de la rentabilité immédiate ou de l'investissement, choisit bien souvent lui-même ses employés. En définitive, on pourrait presque dire que le patron de PME est le dernier représentant (pour ne pas dire authentique) du capitalisme, celui du défrichement individuel, du risque assumé par une personne "physique ".


La liste de toutes ces "compétences distinctives" (pour reprendre une expression chère au marketing) fait que nous ferions bien de nous obliger à "ranger" les PME (dans notre tête et dans les faits) dans une catégorie bien distincte. Cela permettrait sans aucun doute de leur consacrer une attention (en termes d'étude et de politique publique) à due proportion de leur véritable impact économique.

Parce que l'esprit entrepreneurial est le principal fondement de la création de richesses, et que la France a pris du retard sur ce terrain

La prospérité des pays émergents à forte croissance (comme la Chine par exemple) tout autant que celle des pays "établis", et en tête du dynamisme de l'économie et de l'emploi (tels que les États-Unis, l'Irlande ou l'Angleterre), se fonde, contrairement aux idées reçues (on pense que les USA ce sont avant tout les multinationales, ou la Chine l'Empire du collectivisme revisité par le capitalisme), sur un tissu dense, varié et en permanence renouvelé constitué de nombreuses PME. Ainsi constate-t-on, dans ces "business-modèles", que le processus de création de richesses et de nouveaux emplois émane principalement de ce type d'entreprises.

Or en France (se reporter à ce propos à la dernière étude de l'OCDE), nous sommes en retard sur ce mouvement et, si nous n'y prenons pas garde, nous allons rapidement être dépassés, et les délocalisations ne seront pas compensées par l'inventivité et la réactivité propres aux entrepreneurs.

Il faut donc impérativement que nous nous intéressions de très près à ce phénomène mondial.

Parce que la PME constitue l'ancrage idéal pour faire comprendre l'économie et faire aimer l'entreprise

Nos concitoyens doutent de l'efficacité de la machine économique pour résoudre leurs problèmes de revenu et d'emploi. Bon nombre d'entre eux ont la cruelle impression que, dans leur travail, ils ne sont que des pions anonymes, tout juste capables d'appliquer servilement des procédures qui les dépassent et qui peuvent disparaître du jour au lendemain. Face à cette angoisse, la PME peut représenter un monde plus accueillant, plus motivant, où la personne du salarié peut être appréhendée individuellement, où on peut aisément rapprocher les décisions de leurs résultats, les efforts des récompenses, où on peut comprendre dans sa globalité le process qui mène au client, où l'économie reste quelque chose d'éminemment concret avec une règle simple opposable à tous : les dépenses ne doivent jamais dépasser durablement les recettes !

Parce que les PME ont besoin de considération et de reconnaissance

D'où peut provenir le relatif isolement médiatique des patrons de PME ? Il existe au moins trois raisons principales à cet état de fait très français :

- les dirigeants de PME sont avant tout des indépendants, préoccupés par la survie et le développement de leur entreprise, souvent seuls : ils n'ont donc ni le temps, ni l'envie de se mobiliser pour un projet collectif qui les motive modérément ;

- de ce premier point découle le fait qu'ils sont mal connus, et que leur image est floue ; leurs réalisations sont peu mises en avant et leur dynamisme rarement montré en exemple pour la jeunesse (quelles sont les grandes écoles qui préconisent officiellement à leurs étudiants de faire carrière dans la PME ?) ;

- les milieux du pouvoir économique et du pouvoir politique sont très rarement fréquentés par des chefs d'entreprise "de terrain" ; la plupart de ce qu'il convient d'appeler les "technocrates" sont issus d'un "même moule", qui n'est pas vraiment celui qui façonne les entrepreneurs ; le dialogue et le partage des connaissances entre ces deux mondes ne s'en trouvent pas facilités.

On pourrait presque conclure que les PME façonnent leur propre malheur en n'acceptant pas suffisamment de se mettre en lumière. C'est d'autant plus dommageable que cela justifie chez elles une sorte de ressentiment à l'égard de la société qui ne peut qu'accroître la distance.

Il convient donc de casser ce cercle vicieux en donnant aux PME une occasion de se montrer au grand public, à la fois comme représentantes d'une force économique collective, mais aussi comme acteurs individuels, réalisateurs de projets utiles socialement.


Gilles LECOINTRE, auteur du livre "La PME l'avenir de l'entreprise" édité par les éditions Gualino - http://www.lgdj.fr


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