Holding ISF : cadre réglementaire et fiscal
Depuis l’adoption de la loi Tepa, le contribuable redevable de l’ISF peut bénéficier d'une réduction de l'impôt s'il investit dans des PME communautaires. Mais cela implique une dimension fiscale et règlementaire qu’il faut bien appréhender.
Depuis l’adoption de la loi Tepa (n°2007-1223), le contribuable, redevable de l’ISF, a la possibilité de bénéficier d’une réduction d’ISF dans la limite de 45.000 euros et jusqu’à 50 % de sa souscription si celle-ci est consacrée à un investissement dans des « PME communautaires », en direct ou via une holding ISF.
Il faut écarter ici l’investissement en fonds ISF qui offre un taux de réduction nettement moins séduisant et l’investissement en direct réservé principalement, semble-t-il, aux professionnels type « business angels » en raison des difficultés de valorisation, de règles de gouvernance, de sortie à terme…
Holding ISF passive ou animatrice
La holding passive a pour objet exclusif la détention de participations dans des sociétés opérationnelles.
La holding animatrice est, en plus, une holding qui doit participer activement à la conduite de la politique du groupe et au contrôle de ses filiales. En pratique, cette animation pourra se traduire par la conclusion de prestations de services (juridiques, financiers, administratifs…) comme l’ont confirmé plusieurs arrêts (n°03-13767 du 8 février 2005 et n°03-20665 du 27 septembre 2005, par exemple).
La loi de finances pour 2011 a renforcé les conditions d’application du dispositif. Ainsi, les souscriptions dans une holding animatrice n’ouvrent droit à l’avantage fiscal que si celle-ci est créée et contrôle une société depuis au moins 12 mois.
Holding ISF, règle des minimis et délai d’investissement
Le législateur a subordonné la réduction ISF au respect du règlement communautaire des aides dites de « minimis ».
Cette règle, dont l’objectif est d’éviter de fausser la concurrence entre pays, imposait à la parution de la loi Tepa que les aides d’Etat octroyées à une entreprise ne puissent excéder un plafond fixé à 200.000 euros sur une période glissante de trois exercices (règlement CE n°1998/2006 du 15 décembre 2006).
Le régime dérogatoire permettant de fixer le seuil à 1,5 million d’euros pour certains types de sociétés (en amorçage, démarrage ou expansion, sans être en difficulté) a été sollicité pour être accepté le 12 mars 2008 par la Commission européenne (IP/08/434).
Enfin, le 17 décembre 2008, la Commission européenne (IP/08/1993) a instauré un nouveau seuil temporaire (jusqu’à fin 2010) fixé à 2,5 millions d’euros par an (article 15 de la loi de finances rectificative pour 2009).
S’agissant du délai imparti pour investir les capitaux collectés, les holdings passives ISF avaient pour obligation, à l’origine, d’investir avant le 15 juin. Ce délai ayant été jugé trop court, la loi de finances rectificative pour 2007 l’a rallongé jusqu’au 15 juin de l’année suivante. Les holdings animatrices ne sont pas concernées par ces contraintes et ont la liberté d’investir leurs capitaux dans le délai qu’elle souhaite sous condition de respecter leur objet social d’animatrice.
Holding ISF, risque d’abus de droit et absence d’aléa
Une réponse ministérielle du 17 juillet 2008 dit « réponse Adnot » a dénoncé les holdings ISF visant à contourner le seuil de 1,5 million d’euros par an grâce à la mise en place de plusieurs sociétés à objet identique.
Par ailleurs, comme rappelé dans l’instruction fiscale BOI 7S-2-08 du 21 février 2008, la réduction d’ISF ne concerne que les investissements réalisés dans les PME communautaires, soumises à l’IS, non cotées sur un marché règlementé, et ayant une activité commerciale, industrielle, agricole ou artisanale. Certains observateurs se demandent donc si l’esprit de la loi est bien respecté lorsqu’une holding a pour objet de réaliser une activité de location de biens corporels ou incorporels, une activité de marchand de biens…
La réduction d’ISF est également consentie en contrepartie d’une prise réelle de risque inhérent à l’activité de capital-investissement. C’est pourquoi le sénateur Adnot s’interroge, par exemple, sur les investissements d’éoliennes qu’il analyse comme exempts de risque dans la mesure où l’électricité produite est rachetée par EDF. On peut s’interroger, également, de la mise en place, par certaines holdings, de mécanismes offrant, à terme, une garantie de revalorisation certaine.
C’est pourquoi, dans son article 106, la loi de finances 2009 interdit aux holdings passives, à partir du 15 juin 2009, toute garantie en capital et tout mécanisme automatique de sortie au bout de cinq ans.
Holding ISF et fiscalité
En application de l’article 885 O V bis du CGI, le redevable de l’ISF peut donc réduire le montant de son impôt à hauteur de 50 % des versements réalisés dans la souscription au capital de PME. Cet avantage est plafonné à 45.000 euros par an et ne peut pas faire l’objet d’un report ou d’un remboursement en cas de dépassement.
La holding animatrice ISF étant considérée, aux yeux de la loi, comme une PME, elle bénéficie d’une réduction de 50 %. Ce n’est pas le cas de la holding passive ISF pour laquelle la réduction de 50 % ne s’applique qu’à hauteur du quota réellement investi. C’est pourquoi, eu égard aux frais et aux liquidités conservées pour son fonctionnement, la réduction est plus proche de 40 ou 45 % pour la holding passive ISF.
Pour bénéficier de la réduction ISF, il faut effectuer son investissement avant la date limite du paiement de l’ISF, soit le 15 juin. Il faut également s’engager à conserver sa participation jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant son investissement.
Comme l’a confirmé, dès janvier 2008, un rescrit (n°2007/58), la fraction de l’investissement qui n’est pas retenue pour la réduction d’ISF ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu de 25 % sur l’assiette restante au titre de l’article 199 terdecies-0 A du CGI. Cet aspect peut intéresser les contribuables dont l’ISF ne s’élève qu’à quelques milliers d’euros dans la mesure où le ticket d’entrée, dans une holding ISF, est souvent supérieur ou égal à 10.000 euros.
Par exemple, un contribuable étant redevable de 6000 euros d’ISF pourra investir 14,000 euros tout en bénéficiant, outre de 6000 euros d’économie d’ISF ( 12 000 euros x 50 %), d’une économie d’impôt sur le revenu de 440 euros (2000 euros x 25 %).
Les titres reçus en contrepartie de l’investissement sont exonérés d’ISF (article 885 I ter du CGI).
Enfin, les plus-values générées dans le cadre d’une holding sont imposées à hauteur de 30,1% au-delà d’un seuil de cession fixé à 25.830 euros en 2010. Cette contrainte est à relativiser dans la mesure où l’horizon d’investissement en non coté est plutôt de 7 à 8 ans et que la plus-value dégagée bénéficie d’un abattement d’un tiers par année à partir de la cinquième, c’est-à-dire d’une totale exonération (sauf prélèvements sociaux) à partir de la huitième année de détention.
En 2011, le seuil d’imposition est supprimé et l’imposition des plus values est portée à 31,3% (soit 19% au titre de l’IR et 12,3% au titre des prélèvements sociaux).
La holding est donc un formidable outil de réduction d’ISF (sauf, éventuellement, si le contribuable peut activer le bouclier fiscal) mais celui-ci doit être conscient que - au risque économique lié au capital investissement - s’ajoute une dimension fiscale et règlementaire qu’il faut bien appréhender.
Yves Gambart de Lignières
Conseil Financier - Gestion de Patrimoine
www.dlpatrimoine.fr
Article mis à jour par L-expert-comptable.com
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