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Les compétences requises du chef de projet idéal

Réservé jusqu'à présent à certains secteurs, le travail en équipes projets se rencontre désormais dans des entreprises de toute taille et de tout domaine d’activité. Cette organisation donne naissance à un nouveau métier : le chef de projet. Quelles compétences doit-il maîtriser ?
Administrateur NetPME , mise à jour le

L’organisation par projets est devenue la figure emblématique de l’évolution des modes organisationnels actuels. Traditionnellement réservé à certains secteurs qui vivent principalement de projets (BTP, grands travaux, ingénierie, conseil, aérospatial, défense, etc.), le travail en équipes projets se rencontre désormais dans des entreprises de toute taille et de tout domaine d’activité (industrie pharmaceutique, automobile, télécommunications, aéronautique, micro-informatique, électronique, etc.), pour répondre à des enjeux de plus en plus variés (développement de nouveaux produits, services ou procédés, mais aussi projets de changement, de réorganisation, de certification qualité, etc.).

Aussi, le passage d’une organisation fonctionnelle, structurée par métiers et fonctions, à une organisation transversale par projets, s’est accompagné de l’émergence d’un métier particulièrement recherché par les entreprises, celui de chef de projet. Ce dernier est chargé d’assumer la maîtrise d’œuvre du projet, c’est-à-dire de veiller à sa bonne réalisation vis-à-vis de sa propre entreprise et du client. Il est en outre responsable des ressources, de leur organisation, de leur utilisation et de l’articulation du projet avec les structures permanentes de l’entreprise.

L’objet de cette fiche est de mettre en évidence les principales compétences requises pour être un « bon » chef de projet. Vous verrez à travers ces quelques lignes que le métier de chef de projet est à la fois passionnant et complexe, nécessitant de nombreuses compétences et connaissances.

Selon Gilles Garel, Vincent Giard et Christophe Midler, trois experts du management de projet, le chef de projet doit mobiliser quatre types de compétence :

La compétence instrumentale du pilotage de projet

Une maîtrise minimale des principales instrumentations d’analyse d’un projet et de maîtrise de ses délais et de ses coûts, est nécessaire. On peut ainsi citer parmi elles les formalismes d’analyse fonctionnelle et de décomposition en tâches, les outils d’ordonnancement (diagrammes de Gantt, PERT), le contrôle des coûts par la valeur acquise, etc. Le rôle des institutions professionnelles (tels que l’Association Francophone de Management de Projet – AFITEP ou le Project Management Institute – PMI) est capital dans la diffusion du modèle instrumental de gestion de projet.

La maîtrise des champs techniques impliqués dans le projet

Un chef de projet purement gestionnaire ne saurait exister bien longtemps s’il ne peut débattre sur le fond des problèmes avec les acteurs métiers qu’il coordonne. On ne lui demande pas évidemment d’être un expert de tous les problèmes techniques débattus sur le projet, mais une maîtrise minimale des principales techniques mises en œuvre dans le projet est nécessaire pour ne pas se faire « rouler dans la farine » et pour construire sa légitimité dans les débats techniques.

La compréhension des spécificités du projet et l’adhésion à ses objectifs

Manager un projet requiert une compétence qualifiée d’historique, laquelle se construit au fur et à mesure du déroulement du projet. En effet, la connaissance fine des éléments historiques d’un projet est une compétence en soi, qui ne s’acquiert que par une participation et une implication du chef de projet de bout en bout. Un nouveau chef de projet, arrivant en cours de projet, est de fait « incompétent », tout simplement parce qu’il n’a pas vécu toute la période antérieure à son arrivée et ne connaît donc pas l’histoire quotidienne accumulée depuis la date de lancement.

La compétence sociale

La majorité des ouvrages en management de projet insistent sur l’importance des compétences de communication et de leadership du manager de projet. En fait, la principale difficulté qui se présente au chef de projet est de parvenir à mobiliser des acteurs, sur lesquels il n’a pas forcément de pouvoir formel. Dès lors, le carnet d’adresses ou le réseau qu’il a constitué au cours de sa carrière, ses qualités personnelles pour défendre son projet ou négocier avec des acteurs clés constituent des ressources indispensables.

A ces quatre compétences, on peut rajouter la compétence de traduction entre les langages des métiers. On retrouve le langage inter-métiers dans certains langages fortement structurés, comme le langage qualité et les processus de gestion des projets de l’entreprise. Ainsi, le chef de projet peut être considéré comme un acteur d’interface, qui joue le rôle de facilitateur de débat. On parle également « d’acteur intégrateur », puisque le chef de projet a pour mission de coordonner et d’interconnecter les différentes compétences métiers qui doivent intervenir sur le projet.

L’étendue et la diversité de ces compétences semblent impossibles à réunir pour un seul homme. Dès lors, la recherche d’un chef de projet providentiel et omni-compétent est vaine. Pour devenir un « bon » chef de projet, il est essentiel de favoriser la constitution de la compétence collective de l’équipe projet d’une part, et le développement d’interactions entre les chefs de projet d’autre part (via par exemple, les communautés de pratique, la proximité physique des bureaux des chefs de projet, le mentoring des juniors par les seniors, etc.).

Pour conclure, j’aimerais revenir sur un des débats fréquemment rencontrés dans les entreprises structurées par projets, à savoir la nature des compétences que doit détenir un chef de projet : doit-il parfaitement connaître les aspects techniques liés au contenu du projet ou, à l’inverse, maîtriser l’ensemble des méthodologies et outils de gestion et d’animation d’équipe ? Bien évidemment, le scénario optimal est de concilier les compétences techniques et managériales, mais dans les faits, le profil idéal du chef de projet est improbable. Pourtant, certaines formations (Master professionnel Management de projet, certifications chef de projet délivrées par les associations professionnelles) s’y consacrent. Enfin, il me semble essentiel de ne pas décourager nos jeunes étudiants en management souhaitant s’orienter vers le métier de chef de projet, sous prétexte qu’ils n’ont pas les compétences techniques. Le métier de chef de projet est avant tout un métier managérial, qui nécessitent des compétences sociales. D’ailleurs, la curiosité et la passion du chef de projet pour le produit ou le service délivré par le projet lui permet très souvent de combler ses lacunes techniques et de mener à bien le projet pour lequel il a été mandaté.

Sabrina LOUFRANI-FEDIDA – Doctorante en management
ADMEO/CNRS – Université de Nice Sophia Antipolis



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