Interview

Frédéric Caméo-Ponz, Président du réseau BGE (ex-Boutiques de gestion)

Fort d’une vingtaine d’années passées au service du réseau des Boutiques de gestion et d’une expérience continue du terrain, Frédéric Caméo-Ponz dresse un aperçu de la création d’entreprise et du réseau qu’il préside depuis deux ans.

Frédéric Caméo-Ponz, Président du réseau BGE (ex-Boutiques de gestion)

Pouvez-vous présenter le réseau des Boutiques de gestion (RBG) en quelques mots ?

Réseau national, associatif et indépendant de conseil en création d’entreprise, les boutiques de gestion existent depuis 30 ans. Elles ont pour mission d’accompagner, dans un souci de proximité, les projets, depuis leur émergence jusqu’à leur développement, avec au besoin une aide pour les entrepreneurs rencontrant des difficultés.

Vous êtes Président du RBG depuis deux ans et fort d’une expérience de plus de 20 ans dans le réseau. Quelles évolutions avez-vous observé ?

D’abord, que les créateurs d’entreprise sont de plus en plus compétents. Cela s’explique par un accès facilité à l’information, notamment grâce à internet. Quand on cherche l’information, on la trouve beaucoup plus facilement qu’il y a seulement cinq ans de cela.
Ensuite, la culture de l’entrepreneuriat a elle aussi beaucoup évolué. Globalement, ce qui est intéressant, ce sont les mesures de simplification. Elles ont un impact fort sur le phénomène entrepreneurial.
Ce phénomène a également été soutenu par l’environnement des créateurs. On assiste notamment à une vraie montée en puissance des collectivités locales, même s’il est parfois difficile d’en mesurer les effets d’un territoire à l’autre.

Votre mandat prend fin en juin et vous envisagez de vous représenter. Quels sont vos principales ambitions pour le réseau ?

D’abord, continuer à apporter un plus grand service aux créateurs d’entreprise. J’aimerais par exemple développer le principe des couveuses (qui permettent d’expérimenter un projet de création d’entreprise à moindre risque en bénéficiant d’un accompagnement personnalisé, NDLR) pour renforcer la proximité dans tous les territoires. Parallèlement, mon souhait est aussi d’aller sur d’autres terrains, en développant les services présents sur internet notamment. Cette double proximité est essentielle aujourd’hui.
Par ailleurs, ma volonté est de mieux prendre en compte toute la dimension entrepreneuriale en apportant notamment des réponses aux salariés qui envisagent une reconversion professionnelle, une problématique pas seulement conjoncturelle.

Comment accueillez-vous le public des auto-entrepreneurs ? Est-il différent ?

Pas forcément, car une partie d’entre eux aurait choisi le régime de la micro-entreprise. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ce régime facilite le passage à l’acte, avec d’une part un aspect positif et d’autre part un point d’interrogation. C’est un peu comme lors de la mise en place de la SARL à un euro : les gens vont tester, certains s’arrêter…
En fait, pour nous, l’auto-entrepreneur constitue plutôt une étape dans le parcours de créateur d’entreprise. Comme les autres, le projet doit être construit, car il induit des risques. Nous disons donc à ceux qui se lancent avec ce régime, que pour réussir, il faut faire du chiffre d’affaires, s’assurer, faire un prévisionnel… comme les autres. Le kit de l’auto-entrepreneur (contenant les informations et documents – guide, plaquette, spécimen de déclaration d’activité, modèles de livre des recettes, de registre des achats et de factures – permettant de devenir auto-entrepreneur, NDLR) ne suffit pas pour se lancer. Par ailleurs, il y a des normes liées à un certain nombre de marchés et elles s’appliquent aussi aux auto-entrepreneurs !

La question du financement du projet d’entreprise, concerne elle aussi tous les entrepreneurs. Le RBG fait désormais partie des tiers de confiance de la médiation. En quoi cela consiste-t-il ?

Jusqu’ici, la médiation du crédit (lire Un médiateur du crédit au secours des entreprises, NDLR) était réservée aux entreprises existantes. Désormais, elle s’adresse aussi aux entreprises en création. Concrètement, cela va permettre de lever les malentendus, comme les porteurs de projet qui pourraient croire qu’ils n’auront pas de financement à cause des banques ou, à l’inverse faire remonter les blocages. Le rôle du tiers médiateur est de faire remonter l’information. Et peut-être aussi, de capter des personnes qui montent leur projet seules et qui, face au refus du banquier s’arrêteraient là. Aujourd’hui, seule une minorité de porteurs de projet passent par un réseau d’accompagnement. Or, c’est un outil important car il les aide à mieux évaluer leurs besoins de financement.
Par ailleurs, de nombreux porteurs de projet sont par principe réticents à s’endetter. Nous leur expliquons que même s’ils peuvent se financer avec des fonds propres, mieux vaut diversifier le risque. Enfin, on peut les orienter vers les différentes sources de financement, notamment les aides locales qu’ils ne connaissent pas forcément, leur apprendre à s’adresser aux banquiers…

Parallèlement à votre mandat de Président du RBG, vous êtes toujours directeur de la boutique de gestion Créer implantée en Midi-Pyrénées. Sur le terrain, comment ressentez-vous la question du financement en ce moment ?

Je n’ai pas de retour me permettant de dire qu’il est plus difficile de financer un projet d’entreprise en 2009 qu’en 2007. Et puis, avec le nouveau dispositif Nacre (lire : Nacre, un nouveau dispositif d’aide à la création d’entreprise, NDLR) et Oseo, on devrait pouvoir faire face. Je suis donc raisonnablement optimiste.

Quels conseils avez-vous envie de donner aux entrepreneurs ?

En premier lieu, de préparer le plus en amont possible leur projet de création d’entreprise : tout le temps qu’on consacre y avant, on le gagne après. C’est un conseil que j’adresserais plus particulièrement aux salariés. Ils ne doivent pas hésiter à faire un bilan, creuser leur idée, réfléchir à un plan d’action commercial…
Ensuite, je leur dirai de se faire accompagner, plus précisément de ne pas rester seul : s’adresser aux réseaux d’accompagnement, mais aussi mobiliser leur réseau personnel, la famille, les amis. Il est essentiel d’être soutenu dans sa démarche.
Enfin, j’insisterai pour qu’ils aient un modèle économique cohérent. Par rapport à leurs futurs clients, mais aussi par rapport à leurs attentes, notamment en matière de rémunération. Les besoins ne sont pas les mêmes quand on est un jeune d’une vingtaine d’années et un père de famille…

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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