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Jean-Hervé Lorenzi, fondateur et Président du cercle des économistes, acteur majeur du débat économique français

Jean-Hervé Lorenzi,  fondateur et Président du cercle des économistes, acteur majeur du débat économique français

L’économiste Jean-Hervé Lorenzi estime que la France peut sortir par la grande porte de la crise. A condition de mettre la nouvelle génération en position de faire parler son tempérament entrepreneur et d’investir dans les activités d’avenir…

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Vous invitez à l’optimisme malgré la hausse du prix des matières premières et des énergies fossiles, la crise, le défi des retraites, le chômage des jeunes… C’est la méthode Coué ?

Des problèmes, on a en toujours ! La question est de savoir si on a envie de les surmonter. Mon sentiment, c’est qu’aujourd’hui, on a deux atouts que peu de pays ont : l’épargne et la jeunesse. On n’est quand même pas dans une situation catastrophique. Le vieillissement, il existe, mais pas uniquement chez nous… On a une énergie qui reste bon marché, pour peu que l’on ne commence pas à remettre en cause, au moins trop rapidement, sa forme de production. Il s’agit de redonner envie. Forcément, il y a un peu de méthode Coué. Le moral, ça compte !

Comment redonner confiance au pays ?

Je ne suis pas du tout pour une vision simpliste, jeuniste… Mais c’est quand même le changement de génération qui fera les choses. La mienne, qui est en charge des affaires depuis quinze à vingt ans, a une vision assez négative des sujets. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle n’a pas maîtrisé les problèmes, peut-être parce qu’elle a subi trop de chocs. Peu importe. Selon la loi de Gauss, il n’y a pas de talents individuels meilleurs d’une génération à l’autre. Il n’y a que des circonstances favorables. Or, l’arrivée de la nouvelle génération pour diriger les affaires en est une, car elle crée des entreprises. Mais pour changer le climat du pays, il faudrait aussi lui permettre d’accéder à l’emploi de manière plus simple. Nous devons accueillir cette jeunesse autrement que par des stages et des CDD. Si on veut démoraliser une génération, on ne fait pas mieux !

Vous pensez finalement que les chocs actuels sont des chances ?

La crise rebat les cartes. Ce n’est jamais très simple à dire. Car des gens souffrent. Si on leur explique que la crise est une bonne chose… C’est un propos à nuancer. Mais la période est quand même positive. Car nous devons redéfinir le type d’activités futures de la France, comme les biotechnologies, par exemple. Le vieillissement est une très bonne illustration d’une situation qui peut être perçue comme une charge ou une opportunité. C’est un sujet sur lequel il faut que l’on investisse, dans les médicaments, les logements…

A-t-on suffisamment investi dans les technologies d’avenir en France ?

Nous n’avons pas assez investi dans la matière grise. Ceux qui nous ont pris des parts de marché, ce sont les Allemands. Simplement, ils ont monté en gamme dans leurs produits, ce qui leur permet d’être chers. Nous, nous sommes chers, mais nous n’avons pas eu la même montée en régime qualitative.

Que faire pour la réindustrialisation du pays ?

C’est un enjeu important pour lequel la France a des atouts. On a beaucoup d’entrepreneurs potentiels. À la différence de ma génération, les jeunes ne veulent pas devenir fonctionnaires… Nous devons renforcer les formations de tous niveaux et donner du lustre aux carrières industrielles. Quand je vois qu’un jeune centralien gagne moins qu’un diplômé d’école de commerce moyenne… Ce n’est pas un moyen d’inciter les gens à faire des écoles d’ingénieurs. On a aussi besoin de financements. L’argent, c’est le nerf de la guerre.

Vous dites que les banques prêteront moins à l’avenir aux PME et aux collectivités. Comment trouver alors cet argent et gérer les dettes ?

Il faut favoriser l’épargne de long terme, le private equity et l’investissement en actions. On a beaucoup d’argent, c’est notre atout numéro un. 
Je veux bien qu’on l’utilise pour faire de l’immobilier, mais alors faisons en sorte, par exemple, que les jeunes puissent se loger normalement ! L’argent doit aussi aller vers le secteur productif. Il y a des milliers de manières de traiter le sujet, avec des fonds locaux, régionaux, des fonds purement business, des fonds Caisse des dépôts… Nous devons réussir à mobiliser 50 à 100 milliards de l’argent annuel des Français pour de l’épargne et de l’investissement de long terme. Si vous faites ça, cinq ans après, la France aura une industrie complètement nouvelle.

Propos recueillis par Armelle Gegaden
Le Journal des Entreprises

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