Interview

Anne Lechaczynski, PDG de La Verrerie de Biot, dans les Alpes Maritimes

La PDG de La Verrerie de Biot, Anne Lechaczynski, est une chef d’entreprise engagée, tant sur le plan local que national. Rencontre avec une femme affirmée qui souhaite donner au monde politique un regard juste du monde économique en général, et des métiers d’art et du tourisme en particulier.

Anne Lechaczynski, PDG de La Verrerie de Biot, dans les Alpes Maritimes

Vous faites partie du Conseil des Entrepreneurs. Quel est son objectif ?

Lancé en juillet 2007 par Hervé Novelli et composé de 15 dirigeants d’entreprise, le Conseil des Entrepreneurs veut réaliser un pont entre ceux qui font les lois, l’administration, et ceux qui les subissent et doivent les appliquer, les chefs d’entreprise. L’objectif étant que ces lois, amendements ou décrets, soient bien en adéquation avec le monde de l’entreprise. Ce qui n’est pas toujours le cas… Le législateur n’est pas un homme de terrain, et certains textes, qui sont censés nous aider, ont en réalité l’effet inverse. Tout le processus qu’Hervé Novelli a mis en place consiste donc à faire en sorte que ces lois, faites pour soutenir l’entreprise, la soutiennent réellement.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Le crédit d’impôt pour les petites entités positionnées sur les métiers d’art. Un mot s’est glissé dans le texte, lui retirant ainsi tout son intérêt. En gros, cela disait qu’on ne pouvait déduire les charges que des personnes travaillant exclusivement au design. À partir de là, les petites entreprises que nous sommes, et pour lesquelles la loi avait été créée, ne pouvaient plus en bénéficier, car nous n’avons pas de département exclusif au design. C’est trop cher et bien souvent inutile. On ne crée pas de nouveaux produits tous les jours. Le secrétaire d’Etat, dans un amendement ultérieur, a donc fait enlever le mot « exclusivement ». Ce type de dysfonctionnement, finalement, seuls les professionnels peuvent le mettre en exergue. C’est pour ça que ce Conseil des Entrepreneurs est très important. Il permet de faire passer des lois utiles et applicables.

Y a-t-il d’autres femmes chefs d’entreprise dans ce Conseil des Entrepreneurs ?

Oui, bien sûr. La créatrice de Nuxe fait partie des membres du Conseil. Il y avait également la fondatrice de Princesse Tam-Tam, qui est décédée dans les conditions dramatiques que l’on connaît (les attentats de Bombay de novembre dernier, ndlr). Les femmes bénéficient actuellement d’une aura fabuleuse. Les gens se rendent compte qu’il est bien agréable d’avoir ce mélange homme-femme dans les clubs d’affaires ou dans le monde politique. Cette vague très favorable, j’avoue, je l’utilise, parce qu’elle fait avancer mon propos.

Quel est-il justement ce propos ?

Faire changer la mentalité française qui voit le chef d’entreprise comme un suceur de sang. On a cette mauvaise image du patron qui se sert de ses employés pour avancer, alors que pour moi l’entreprise, c’est un tout : un chef, une entité et des employés.
Sans cet ensemble, cela ne marche pas. J’ai également, à l’instar d’Hervé Novelli, la volonté de réassocier les mondes économique et politique qui s’étaient un peu tourné le dos. Or, ces deux mondes doivent travailler de concert, sinon on court à la catastrophe.

Pensez-vous y arriver ?

Je ne sais pas. Cela prend beaucoup de temps. Le monde politique est très différent de celui de l’entreprise. Ce qui prend deux mois dans une entreprise, prend deux ans dans le monde institutionnel. C’est parfois frustrant, on avance par petits pas. Mais si on est nombreux à faire ce petit pas, cela fait alors un grand pas…

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec
Le Journal des Entreprises

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