Interview

Catherine Colin, dirigeante de Made in design, à Echirolles, dans l’Isère

Ancienne consultante en ressources humaines et pionnière du web, Catherine Colin est aujourd’hui à la tête d’une start-up du e-commerce, spécialisée dans le design. En dix ans, la petite société s’est industrialisée et hisse désormais ses ambitions au niveau européen.

Catherine Colin, dirigeante de Made in design, à Echirolles, dans l’Isère

Comment expliquez-vous la croissance continue à deux chiffres de Made in design?

Made in design bénéficie de l’élan de deux secteurs en croissance: l’e-commerce et le design. Les deux se sont démocratisés depuis une dizaine d’années. Le designer Philippe Starck a par exemple été précurseur dans le fait de développer un processus de production industrialisé afin de proposer un design à prix abordable. Mais dans les années 1990, il y avait encore un décalage entre la présentation élitiste des produits design et le public voué à se démocratiser. Made in design s’attache aussi à donner des clés de compréhension de la démarche du designer. On est au-delà du site marchand. On partage une passion. Et le site n’a jamais été réservé aux professionnels, il est grand public et on continue de travailler en ce sens. D’un autre côté, l’e-commerce se développe. À la rentrée, on va d’ailleurs mettre en ligne un outil de réalité augmentée: l’internaute pourra publier une photo de chez lui et simuler l’agencement des produits design dans son propre intérieur.

Pour booster votre développement, vous visez une levée de fonds de 3 millions d’euros. Comment cela se présente-t-il ?

J’ai la chance d’avoir été contactée par des fonds qui ont identifié Made in design comme une cible à potentiel. Bien sûr, il faut bien préparer une telle levée de fonds ; c’est un process assez lourd. Il faut reprendre les fondamentaux de l’entreprise, sa stratégie… Mais j’irai moi-même défendre le projet devant les investisseurs potentiels. C’est aussi une relation de confiance.

Votre entreprise a déménagé six fois et votre équipe change de taille tous les six mois. En tant qu’ex-consultante en ressources humaines, avez-vous des recettes de management ?

Il est franchement plus difficile de mettre en place de nouvelles méthodes de gestion de ressources humaines lorsqu’on vit les contraintes de la vie d’une société au quotidien. Je n’ai pas le même recul que je pouvais avoir en tant que consultante RH. Néanmoins, je sais que la société ne correspond pas à tous les profils. Pour bien s’intégrer à Made in design, il faut un tempérament autonome et responsable. C’est l’esprit start-up. À l’intérieur, nous ne sommes pas dans un environnement compétitif. Tout le monde travaille ensemble pour des objectifs communs. Chacun a un domaine de compétences. D’ailleurs, tout le monde s’apprécie aussi pour les compétences des uns et des autres. En fait, la notion d’équipe est très importante. Dans une grande entreprise, les salariés passent beaucoup de temps à faire de la politique, c’est-à-dire à se positionner pour montrer à leurs supérieurs ce qu’ils ont fait, etc. Ici, on peut éviter cela.

Comment créer un esprit d’équipe quand celle-ci évolue sans cesse ?

L’équipe est solide car on partage vraiment des objectifs, une ambition. Et même si je suis exigeante, on ne se prend pas au sérieux. On aime bien faire la fête… Néanmoins, il faut se remettre en cause tous les matins. Car l’entreprise évolue et on réfléchit à comment on va s’adapter. Du coup, je joue vraiment la transparence. Je communique beaucoup en interne sur nos projets. La croissance est aussi une chance car elle permet à certains salariés d’évoluer. Et ça, c’est un vrai bonheur. Ils ont la possibilité d’avancer. Concrètement, les recrutements de départ sont souvent surdimensionnés, mais les salariés acceptent car ils savent, qu’au bout de six mois, ils vont pouvoir évoluer. Par exemple, la responsable actuelle de l’activité B to B, qui a signé 1M€ de chiffre d’affaires en 2008 avec des grands comptes, a débuté comme assistante commerciale et elle se chargeait aussi des préparations des commandes. Idem pour la personne en charge de la comptabilité qui a pu s’intéresser de près aux arcanes d’une levée de fonds. Même s’il existe des primes sur objectif, la reconnaissance vient de l’évolution tant en termes de responsabilité que de salaire. Il y a vraiment de belles aventures.

Propos recueillis par Vanessa Genin
Le Journal des entreprises

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