Interview

Patrick Metzger, fondateur et dirigeant de SwingMobility, à Schiltigheim (67)

Autodidacte, Patrick Metzger a débuté son parcours professionnel comme simple apprenti. Aujourd’hui éditeur de logiciels de mobilité depuis 8 ans, il est à la tête d’une PME d’une trentaine de personnes, au développement prometteur…

Patrick Metzger, fondateur et dirigeant de SwingMobility, à Schiltigheim (67)

Quelle est votre activité ?

Nous proposons des solutions logicielles dites de mobilité à destination des VRP et ingénieurs commerciaux, pour les rendre plus efficaces. Il s’agit notamment d’outils qui leur permettent d’organiser leur tournée, d’organiser leur emploi du temps, mais aussi d’accéder à l’historique des clients (facturation, prise de commandes, visites). Pour l’entreprise cet outil offre un meilleur suivi des commerciaux sur le terrain et une mesure de la performance. De plus, cela permet de capitaliser ces informations commerciales : si le commercial quitte l’entreprise, celle-ci n’aura pas à repartir de zéro.
Nous proposons aussi un outil utile aux techniciens de la maintenance : il permet de générer la facturation et d’optimiser la trésorerie. Le client signe directement le rapport d’intervention sur le mobile, ce qui permet à l’entreprise de disposer de ces données tout de suite, sans attendre un rapport écrit.
Nos solutions concernent aussi bien les TPE à partir de 4 ou 5 commerciaux, que les PME ou les grosses entreprises, dans des domaines qui peuvent être très différents (SAV, services à la personne, commerce…).

Quelle place occupez-vous sur ce marché ?

Le marché de la mobilité en est à ses débuts, mais il y a déjà un certain nombre d’acteurs qui se positionnent. Il faut dire que le marché mondial des applications mobiles est estimé à 25 milliards de dollars en 2015… Nos concurrents sont français – on compte une dizaine d’acteurs sur l’activité logicielle – et américains, mais on ne les rencontre pas au quotidien car ils se positionnent sur les entreprises plus importantes. Dans tous les cas, c’est un secteur qui bouge beaucoup.
Nous avons la chance de nous y être positionnés très tôt. Si de nouveaux acteurs arrivent, on a l’avantage de l’expérience, mais même si nous enregistrons la plus forte croissance sur notre segment – notre chiffre d’affaires a progressé de 65 % entre 2009 et 2010 – il est essentiel de nous positionner à l’international. Et il faut aller vite, d’autant qu’on a une très bonne technologie. Pour passer ce cap, on a choisi de créer des filiales, en Europe dans un premier temps. Car même si on propose des solutions de mobilité, la relation de proximité avec nos clients est primordiale. En mai 2010 nous avons ainsi ouvert une filiale allemande, et nous allons en ouvrir une autre cette année, en Suisse.
2011 sera aussi l’année de la croissance externe. Nous venons de finaliser l’acquisition d’une activité complémentaire par l’intermédiaire de la société Nogema Ingénierie, spécialisée dans l’informatique communicante, et qui va nous permettre d’élargir notre offre produit. On croit en effet beaucoup au développement des accessoires pour iPhone, iPad, etc. On vise d’ailleurs un chiffre d’affaires consolidé de 8 millions d’euros en 2011, avec des recrutements dans l’accompagnement client, la R&D ainsi que le marketing et la communication.

A vous entendre, vous n’avez pas subi la crise !

S’il n’y avait pas eu de crise, on aurait pu faire plus !
C’est vrai que nous avons connu deux années de croissance importante, ce qui a entraîné aussi la nécessité de nous organiser sur le plan structurel. Nous avons un boulevard devant nous. A nous de faire en sorte de rester dans la ligne droite. Nous avons encore un important travail d’organisation à faire et il faut prendre les bonnes décisions.

Votre entreprise est en plein développement. Pourtant votre parcours n’est pas classique…

En effet : j’ai démarré ma vie professionnelle comme apprenti magasinier, en ayant la chance de travailler pour une société en plein développement. Würth (NDLR : groupe allemand de matériel à destination des professionnels du bâtiment) possède en effet une très forte culture de l’apprentissage. Ce boulot qui n’était pas passionnant m’a en revanche permis de comprendre très tôt le fonctionnement de l’entreprise du point de vue des process.
Puis, très vite, j’ai profité d’une opportunité qui m’a permis d’intégrer le service informatique de l’entreprise, avant d’évoluer vers des fonctions d’analyste programmeur, en charge du développement de serveurs Minitel à destination des commerciaux. J’ai ensuite continué d’évoluer : en quittant l’entreprise, 12 ans après y être entré, j’étais devenu chef de projet.

Vous êtes un autodidacte. Cela a-t-il des incidences sur votre parcours professionnel ?

D’abord, j’ai développé une curiosité différente des autres : quand on a du retard, on a besoin de s’investir davantage, d’être plus curieux. Du fait d’un certain complexe d’infériorité, j’ai toujours couru après le temps et la connaissance. J’ai toujours passé beaucoup de temps à lire, à vouloir découvrir toutes sortes de choses et cette particularité n’a pas diminué avec le temps. Plus on apprend et plus on a soif d’apprendre…
De la même manière, mon parcours d’autodidacte constitue un atout dans la conception de logiciels : j’ai une approche différente de quelqu’un qui a fait des études, mais qui n’a pas d’expérience, notamment sur tout ce qui touche à l’interface utilisateur. Or, on sait que l’une des clés de succès d’un logiciel, c’est la simplicité de son interface.
J’ai aussi une approche différente dans la gestion humaine, plus directe et pragmatique je pense. Comme j’ai connu tous les échelons, mon regard sur les autres est différent.

Accueillez-vous à votre tour des autodidactes dans votre entreprise ?

Quand je recrute quelqu’un, c’est vrai que je ne regarde pas tant le diplôme que la personnalité, ce qui peut être un défaut d’ailleurs, mais qui m’a plutôt porté chance jusqu’ici. C’est aussi plus facile dans mon domaine car la passion peut pallier le manque d’études en informatique. Ceci dit, on n’accueille pas tant des autodidactes purs que des personnes qui ont un cursus différent de l’informatique. Tous doivent néanmoins être opérationnels.

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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