Interview

Valérie Weill, consultante et coach auprès des créateurs d’entreprise

Après avoir elle-même créé son entreprise, Valérie Weill reçoit et conseille des personnes qui ont envie de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat.  Elle anime un blog sur la création d’entreprise : http://strateuo.typepad.fr

Valérie Weill, consultante et coach auprès des créateurs d’entreprise

Quelle différence faites-vous entre un consultant et un coach de créateurs d’entreprise ?

Valérie Weill : Ce sont deux activités différentes. En tant que consultante, je propose à des personnes souhaitant créer une entreprise un accompagnement concret : démarches à effectuer, aides possibles, étude de marché, constitution d’un business plan, etc. Cette prestation de conseil prévoit 8 rendez-vous sur une durée de trois mois. Elle peut être prescrite par l’ANPE, sous forme d’OPI (Objectif Projet Individuel création d’entreprise). Le coaching des créateurs est une autre démarche. Les personnes qui viennent me voir cherchent à répondre à des questions plus personnelles, comme « Suis-je vraiment fait pour créer une entreprise ? » « Pourquoi ai-je du mal à passer à l’acte ? », etc. Comme dans toute démarche de coaching, le travail est moins directif. Je suis là pour aider la personne à se connecter à ses propres ressources afin qu’elle trouve elle-même les réponses aux questions qui la préoccupent.

Quel est le profil des personnes qui vous consultent ?

Je vois tous types de personnes, mais la grosse majorité est constituée par des salariés, entre 40 et 55 ans, qui ont du mal à retrouver un emploi et qui espèrent rebondir en créant une entreprise.

La création par défaut, n’est-ce pas une mauvaise motivation ?

Oui et non ! Oui si le dépit est l’unique moteur de ceux qui veulent créer. En revanche, des personnes qui ont déjà un parcours professionnel riche, dans plusieurs domaines de l’entreprise, ont des armes pour créer malgré tout. À condition qu’elles aient un vrai désir de se réaliser, et qu’elles estiment qu’elles pourront mieux s’affirmer dans un projet de création que dans un emploi salarié.

Tous vos clients parviennent-ils à créer leur entreprise ?

Loin de là ! C’est difficile de passer le cap de la création. Beaucoup se découragent devant l’investissement financier nécessaire, la difficulté à trouver un financement, le risque que constitue le passage du statut de salarié à celui de chef d’entreprise, la peur de ne pas trouver de clients… Dans les statistiques générales, sur dix personnes, environ trois seulement finiront par créer.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de ceux qui réussissent ?

C’est leur motivation, qui se révèle dans la ténacité, la résistance à l’échec, la persévérance devant les portes qui se ferment ! « J’ai vu douze banquiers qui m’ont refusé un financement ? Eh bien, je vais aller en voir un treizième ! » C’est cela, la réalité du créateur. Et cela marchera sans doute auprès du treizième ! Créer une entreprise, c’est une envie qu’on a dans ses tripes, oserais-je dire. Cela se sent très vite chez la personne. Mais il ne faut pas généraliser non plus. Parfois, je vois arriver dans mon bureau des personnes plutôt timorées, et qui se révèlent en cours d’accompagnement.

Estimez-vous que l’environnement, aujourd’hui, est plus favorable à la création d’entreprise ?

Oui, beaucoup de choses ont progressé, même si le système est encore lourd et contient toujours quelques aberrations. Pour moi, la véritable avancée, c’est la possibilité de conserver ses Assedic ou d’en convertir une partie pour constituer le capital initial de l’entreprise. Cela a représenté un véritable appel d’air. Je trouve aussi très positif que les ANPE proposent systématiquement aux futurs créateurs un accompagnement par un professionnel de la création d’entreprise. Le développement du micro-crédit est une chance pour les porteurs de petits projets, écartés des circuits bancaires classiques. Je salue aussi le développement des couveuses, ces structures où les créateurs, qui ont déjà un projet assez abouti, peuvent le tester sur le terrain, tout en bénéficiant de la couverture juridique de la couveuse. Je conseille souvent à mes clients de passer par une couveuse, car cela leur permet de se confronter au terrain sans prendre (encore) de risque financier !

Que reste-t-il encore à améliorer ?

Les critères de financement des banques me semblent bien opaques ! Globalement, je constate une grande frilosité des banques à l’égard des créateurs d’entreprise.
Je suis aussi assez sceptique sur la SARL à 1 euro. Je mets quiconque au défi de créer une entreprise, en pratique, sans apport initial. Parce que les banquiers continuent de demander un investissement financier aux entrepreneurs. Le capital de 7 500 euros (les anciens 50 000 F) est toujours dans leur esprit !

Quels conseils aimeriez-vous donner à ceux qui ont envie de créer une entreprise ?

Le premier – c’est un peu mon credo – est de réaliser une étude de marché sérieuse avant de démarrer. Et très peu de créateurs le font ! Une étude de marché, cela consiste en une étude approfondie du terrain sur lequel on veut se lancer : aller rencontrer les professionnels du secteur, écumer les salons, s’informer auprès des syndicats professionnels, des concurrents, des fournisseurs, tester son projet auprès de prospects. C’est capital, car une étude de marché bien menée permet de définir une vraie stratégie commerciale et marketing, elle-même nécessaire pour bâtir un prévisionnel financier cohérent.
Le deuxième, moins technique, mais essentiel, c’est de s’assurer du soutien de son conjoint avant de se lancer dans la création d’entreprise. Parce que c’est une aventure très prenante, jalonnée de moments de découragement et de doutes. La tenter contre l’avis de son conjoint, c’est risqué… d’un point de vue professionnel ou personnel !
Mon dernier conseil, c’est d’aller au bout de son envie de créer. Au moins dans l’étude préalable. Il ne faut pas se laisser rebuter a priori par toutes les difficultés qui peuvent survenir. La création d’entreprise, à beaucoup d’égards, c’est surtout une question de bon sens !

Propos recueillis par Marie-Pierre Noguès Ledru

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