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Congé parental : une réforme "timide"?

Pour le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), le congé parental, mesure phare du projet de loi sur l'égalité professionnelle, risque de concerner les salariés les moins qualifiées en raison de sa faible indemnisation.

Congé parental : une réforme

La réforme du congé parental permettra-t-elle de faire un pas vers l’égalité professionnelle effective ? Alors que le projet de loi a été adopté la semaine dernière à l’Assemblée nationale en première lecture, le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), placé sous tutelle du ministère de la recherche, lance le débat. 

Permettre aux femmes de rester dans la course professionnelle

Pour Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, l’objectif est clair : il faut « changer les regards » sur le congé parental, mesure phare du texte législatif. Elle vise ainsi 100 000 bénéficiaires d’ici à 2017, contre à peine 18 000 aujourd’hui. Une manière d’inciter les pères à prendre, eux aussi, un congé parental, aujourd’hui utilisé quasi exclusivement par les femmes (97%). Et de permettre à celles-ci de rester dans la course professionnelle. Concrètement, les parents d’un seul enfant, qui ont aujourd’hui droit à six mois de congé parental, pourront prendre six mois de plus à condition que ce soit le second parent qui en soit bénéficiaire. A partir de deux enfants, la durée de ce congé restera de trois ans, à condition que six mois soient pris par le second parent, sinon elle sera raccourcie à deux ans et demi. 

Intégrer ces interruptions, quel que soit le sexe du parent absent

Mais l’égalité entre les hommes et les femmes est-elle réalisable aujourd’hui en France ? Et quelles politiques seraient les plus efficaces pour l’atteindre ? Pour le Cepremap, qui a présenté son étude le 16 janvier, « l’extension du congé parental masculin devrait contribuer à changer les mentalités dans la société et pousser les entreprises à intégrer ces interruptions liées aux naissances dans leur gestion des ressources humaines, quel que soit le sexe du parent absent ». Toutefois, les auteurs de cette étude émettent des réserves : « on dispose de très peu de recul pour savoir si ces objectifs ne sont que de simples vœux pieux ou si le congé parental masculin peut effectivement servir de levier à l’égalité professionnelle ».

Un congé faiblement indemnisé

Car le dispositif bute sur plusieurs problèmes. Primo, il reste faiblement indemnisé (573 euros par mois). « Son indemnisation n’est pas fonction du salaire antérieur, contrairement à ce qui se fait dans les pays nordiques ». Pour l’heure, en effet, ce sont les femmes « payées au voisinage du Smic » qui y ont le plus recours : 47% des mères titulaires d’un CAP/BEP ont interrompu leur activité, contre 29% des mères ayant un diplôme supérieur à bac +2. Avec le risque d’exclure également les pères cadres. Le congé parental n’aura pas donc pas d’impact sur la question du « plafond de verre ». 

Désengagement professionnel?

Secundo, les pères craignent que ce congé prolongé n’entrave leur carrière professionnelle. Selon une étude de l’Insee de 2013, « 30% d’entre eux pensent que la prise de ce type de congé peut « leur causer des problèmes dans leur travail ou leur carrière ». D’ailleurs, 90% des pères n’utilisent pas la totalité de leur congé paternité (11 jours), rappelle une étude du cabinet de recrutement, Robert Half, réalisée en juin dernier . Car il « demeure associé à un confort personnel, susceptible d’être interprété comme un désengagement professionnel temporaire ».

Un pari sur un changement des mentalités

Reste que la réforme comporte des éléments positifs. Car malgré les réticences, les mentalités évoluent. « Le congé parental met en avant les pères en leur réservant six mois, perdus s’ils ne sont pas pris », note l’étude. De plus, cela réduit « l’éloignement maximal des mères du marché du travail (deux ans et demi au lieu de trois ans) et donne potentiellement une place significative aux pères ». Conclusion des auteurs : « ce n’est pas encore l’égalité, mais c’est un pari sur un changement des mentalités, tant chez les hommes que chez les femmes »… D’où une réforme qualifiée de « timide ». Un premier pas en quelque sorte.

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