Interview

Arnaud Berger, directeur marketing de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie)

Association reconnue d’utilité publique, l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) encourage l’entrepreneuriat populaire en aidant les personnes exclues du marché du travail et du système bancaire classique à créer leur entreprise grâce au microcrédit.

Arnaud Berger, directeur marketing de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie)

Quelles sont les missions de l’Adie ?

L’association aide, depuis plus de 20 ans, les personnes en recherche d’emploi ou qui bénéficient du RSA, à créer leur emploi en créant une entreprise. Nous nous adressons à un public qui a le sentiment que c’est compliqué de créer son entreprise, qu’il y a des pièges partout et qui est confronté à un grand sentiment d’isolement. C’est pourquoi notre soutien consiste non seulement à faire de petits prêts d’un montant maximum de 6000 euros, mais aussi à apporter un accompagnement. Celui-ci est d’une part administratif avec une permanence, et d’autre part individuel sur des notions de base très pratiques, comme par exemple, comment trouver ses clients, les notions de marges et de rentabilité ou en leur donnant accès à des outils très simples pour organiser leur comptabilité.

Sur quels critères vous basez-vous pour répondre favorablement aux demandes ?

Nous accueillons des personnes qui souvent ont un niveau de formation assez faible, se montrent très peu à l’aise avec les démarches, mais qui possèdent un vrai savoir-faire, connaissent leur métier. On leur apporte donc notre appui en centralisant les informations et en les aidant sur la partie gestion. Souvent, on nous demande conseil sur les secteurs dans lesquels se lancer, mais on ne peut pas répondre à cette question car la réussite d’un projet dépend pour beaucoup de la personne.
Quand on est sollicités, ce que l’on regarde au cours de l’entretien, c’est la motivation de la personne, son énergie, sa créativité aussi, ainsi que sa capacité à rebondir. On est ainsi amené à regarder un CV de manière différente. Par exemple, l’enchaînement de plusieurs expériences peut montrer une capacité à ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot, dans une certaine mesure bien sûr. De même, pour appréhender le savoir-faire de quelqu’un, on va regarder son parcours de salarié, mais aussi son expérience informelle, comme les coups de main dans l’entreprise familiale ou ailleurs.
On fait également attention au rapport qu’entretiennent les personnes avec l’argent, notamment à travers leurs relevés bancaires. Ce qui ne veut pas dire qu’on exclut les personnes qui ont des difficultés. L’important pour nous lorsqu’elles ont été fichées à la Banque de France par exemple, c’est de voir si elles ont rencontré des difficultés à un moment donné ou si elles ont laissé filer la situation.

Le message que vous lancez régulièrement, c’est de dire que 10 % des chômeurs pourraient créer leur emploi grâce au microcrédit. N’y a-t-il pas le risque de donner de faux espoirs ?

On ne dit pas que tout le monde peut créer son entreprise, et on ne parle par non plus de start-up, mais de personnes qui créent avant tout leur propre emploi, pour lesquelles l’enjeu, souvent, ce n’est pas de gagner de l’argent, mais de sortir des dispositifs d’assistance.
Lorsque l’on regarde les différentes enquêtes, sur les grandes villes ou certaines zones de 15 à 30.000 habitants, on n’est pas très loin des 10 %. D’ailleurs, on voit que le régime de l’auto-entrepreneur a créé de nombreuses vocations.
De plus, les études que nous menons régulièrement montrent que notre intuition est souvent juste puisqu’environ les deux tiers des créateurs que nous avons accompagnés passent le cap des deux ans. Sur cinq ans, le chiffre passe à une entreprise sur deux (NDLR : soit un taux de pérennité équivalent à celui des créations d’entreprises « classiques »). Et ce qu’il faut savoir aussi, c’est que même pour ceux pour qui ça ne continue pas, cette expérience les aide à rebondir sur autre chose.

Que pensez-vous du régime de l’auto-entrepreneur ?

On s’est battus pour que la création d’entreprise soit simple. Quand l’Adie est née, il y a une vingtaine d’années, c’était en effet très compliqué. Le conseil qu’on donnait alors, c’était d’avoir un boulot puis de se lancer. Aujourd’hui, les chiffres montrent que cette tendance s’est un peu inversée (NDLR : près de deux auto-entrepreneurs sur dix sont des demandeurs d’emploi). Chez nous, la part des auto-entrepreneurs représente 40 % du public de l’Adie ! Ce régime, très simple, dont les charges sont calculées sur les revenus réels est tout à fait adapté à notre public.

Qu’est-ce qui manque aujourd’hui à l’Adie pour accomplir pleinement ses missions ?

Ce qui nous manque, c’est la notoriété. Autant le microcrédit a fait son chemin, autant il y a encore énormément de gens qui ne nous connaissent pas. Et quand on est connu, les personnes se disent que ça va être pour les autres, que ce sera compliqué. Elles ont tellement l’habitude que leurs démarches n’aboutissent pas, qu’elles n’y croient pas. C’est en constatant cet état d’esprit que nous avons décidé de simplifier l’accès à nos services. Auparavant, on faisait remplir un dossier, mais une partie des gens laissait tomber. En y regardant de plus près, on s’est aperçu que ce n’était pas forcément lié à une question de motivation, ou parce qu’ils n’avaient pas leur chance, mais parce qu’ils se disaient que c’était une manière détourner de leur refuser l’accès au microcrédit sans oser le leur dire.
Cette donnée psychologique est souvent mal prise en compte. Concrètement, le résultat est qu’à l’Adie, on n’a plus de dossier. On reçoit les personnes en entretien et c’est cet entretien qui va nous permettre d’évaluer les projets.

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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