Interview

Chrystèle Gimaret, fondatrice d'Artupox

Lauréate du Trophée Performance de Paris Pionnières 2012, Chrystèle Gimaret a réussi à innover dans un secteur a priori pas très glamour. Artupox, l’entreprise qu’elle a créée en 2005, est la seule agence de propreté mettant en scène le nettoyage et n'utilisant que des produits biodégradables. Un positionnement qui lui a valu de se faire un nom auprès des professionnels de l’événementiel et d’exporter son concept…en Suède, puis bientôt au Danemark !

Chrystèle Gimaret, fondatrice d'Artupox

Comment vous est venue l’envie et l’idée de créer votre entreprise ?

J’ai baigné depuis mon enfance dans un environnement d’entrepreneurs qui m’a donné envie de créer à mon tour ma propre entreprise. Mais c’est en 2005 et à l’âge de 33 ans que j’ai réellement décidé de sauter le pas pour concrétiser ce rêve. Jusque là, j’avais suivi des études et pratiqué un métier « classique » qui ne m’avaient pas vraiment préparée à devenir entrepreneur. Le choix du secteur du nettoyage s’est d’abord opéré par élimination : j’ai passé en revue les secteurs qui ne demandaient pas d’apport capitalistique important ni de barrières à l’entrée insurmontables. Ensuite, l’idée du nettoyage écologique m’est venue lors d’un de mes voyages en Suède, pays particulièrement en avance sur toutes les thématiques de développement durable. A l’époque, le sujet était encore embryonnaire en France. J’ai voulu en faire un réel argument de différenciation.

Quels souvenirs gardez-vous de la période de lancement d’Artupox ?

Ce fut une période longue…très longue ! N’ayant pas fait d’école de commerce et ne détenant pas d’expérience préalable dans le secteur du nettoyage, j’ai passé deux ans à observer intensément les pratiques du métier et à parcourir tous les salons du secteur. C’est d’ailleurs grâce à ce long travail préparatoire que j’ai eu ma deuxième idée pour me différencier des autres acteurs de nettoyage : la scénarisation de la prestation dans les endroits où le nettoyage s’effectue en présence du public. Cette nouveauté marketing est totalement cohérente avec le positionnement écologique en y ajoutant un volet complémentaire qui est la valorisation sociale d’un métier exécuté par des salariés en manque de reconnaissance. Mon objectif était de faire passer ces acteurs de l’ombre à la lumière en améliorant leur image avec de beaux uniformes et des badges portant leur prénom pour qu’ils se sentent des salariés comme les autres…

Comment avez-vous décroché votre premier client ?

J’ai réussi à convaincre un salon de me faire confiance pour ma première prestation. C’était risqué mais j’avais réalisé un synopsis du déroulement du nettoyage ultra-précis qui l’a rassuré sur mon professionnalisme et je me suis engagée à ne le faire payer que s’il était satisfait. Pour cette première mission j’ai dû faire appel à un ami qui détenait une société de nettoyage auprès duquel j’ai sous-traité une dizaine d’employés que j’ai formés à l’utilisation des produits biodégradables importés de Suède. La prestation s’est bien passée et ce premier client m’en a rapporté d’autres grâce à ses recommandations et au bouche-à-oreille…Aujourd’hui, Artupox détient un portefeuille de 300 clients et emploie 29 salariés en équivalent temps plein. Nous réinvestissons tous nos bénéfices dans le développement de l’entreprise à la fois en France, où nous sommes en passe de finaliser une opération de croissance externe à Avignon, qu’à l’international où nous renforçons notre implantation en Scandinavie.

Un concept que vous avez réussi à exporter…en Scandinavie. Pas banal comme implantation !

Nous avons ouvert notre filiale à Stockholm en 2009 et nous comptons nous implanter à Copenhague en janvier 2013. Pour moi, il était naturel de retourner dans cette région qui m’a inspirée l’idée d’Artupox. Si le positionnement sur les produits écologiques n’a rien d’extraordinaire là-bas, la prestation de nettoyage scénarisée est en revanche une nouveauté. Et puis, comme beaucoup d’autres pays, ils sont sensibles aussi à la French Touch… Cela dit, il a fallu tenir compte des spécificités culturelles et nous adapter aux codes scandinaves. Par exemple, l’image un peu provoc’ que nous affichons sur notre site d’une femme de ménage débraillée et revêche astiquant un parquet la clope au bec n’est pas du tout passée là-bas où elle était considérée comme avilissante pour les femmes. Et les Scandinaves ont peu d’humour sur ce sujet !

Remporter le prix de la Performance de Paris Pionnières fait-il de vous un symbole de ces PME dont la France a tant besoin en ce moment ?

En tout cas, ça fait plaisir d’avoir un signe de reconnaissance quand on a travaillé d’arrache-pied pendant des années à construire une entreprise viable. Je crois à la nécessité de faire entendre la voix des entrepreneurs dans ce pays. Je suis membre de plusieurs associations qui œuvrent en ce sens : Paris Pionnières, Femmes Chefs d’entreprise et Croissance Plus. J’ai aussi adhéré au mouvement des Pigeons pour lutter contre la volonté du Gouvernement de surtaxer les plus-values de cession. Cette menace fiscale et ce climat d’incertitude pèsent terriblement sur le développement des entreprises comme la mienne. Mon opération de croissance externe est bloquée de ce fait tant que le cédant ne sait pas encore à quelle « taxe » il sera mangé…

Propos recueillis pa r Houda El Boudrari
Rédaction de NetPME

 

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