Interview

Françoise Nauts, Présidente d’Elantiel, société spécialisée dans la formation et l'approche systémique, à Vénissieux (69)

A 55 ans, rien ne prédestinait Françoise Nauts au grand saut dans l’entrepreneuriat. Pourtant, désireuse de nouveaux challenges, elle n’a pas hésité à se lancer en reprenant une entreprise d’une quinzaine de personnes, spécialisée dans la formation et l’approche systémique*. En quelques mois, elle y a insufflé une nouvelle vitalité.

Françoise Nauts, Présidente d’Elantiel, société spécialisée dans la formation et l'approche systémique, à Vénissieux (69)

Pour votre première expérience d’entrepreneur, vous avez choisi de reprendre une entreprise. Pourquoi ?

Durant toute ma vie professionnelle, hormis trois années passées dans le conseil, j’ai occupé des fonctions RH en entreprise et plutôt dans des grosses entreprises. L’entrepreneuriat, c’était donc pour moi un vrai saut dans l’inconnu. C’est pourquoi j’ai préféré me faire accompagner par un cabinet spécialisé dans la création et la reprise d’entreprises : cela m’a permis de comprendre que j’avais intérêt à aller dans mon cœur de métier.
Le choix de développer une entreprise déjà existante a été naturel : pour moi il était hors de question, compte tenu de mon âge, de créer quelque chose toute seule, ou même avec un associé.
Quant à être consultante, je l’avais déjà été et je ne voulais plus l’être. Il y a énormément de personnes dans les ressources humaines qui vont dans le conseil. A l’inverse, la démarche de reprendre une entreprise n’est pas très courante. Du coup, c’est un métier dans lequel on trouve étonnant de ne pas vouloir être consultant. Alors que moi, ce qui me plait c’est de piloter, manager et vendre. Dans mon esprit, c’était donc très clair !

Quels ont été vos critères de sélection ?

Comme je voulais manager une équipe, j’ai basé mes recherches en fonction de la taille, plutôt en effectif qu’en chiffre d’affaires, et en fonction du type d’offre car je voulais avoir du plaisir à vendre cette offre. J’ai eu entre 40 et 50 contacts, avec moins d’une dizaine d’entreprises à examiner de près et finalement seules deux correspondaient vraiment à mes critères.
L’entreprise Recherche & Formation comptait une quinzaine de personnes et son offre d’accompagnement au changement m’a tout de suite intéressée. J’ai tout de suite vu ce que je pourrais faire sur certains marchés alors non exploités, et particulièrement dans le monde du travail temporaire d’où je venais.

L’entreprise finalement sélectionnée était alors en difficulté. Cela ne vous a pas freinée ?

Elle avait gagné de l’argent en 2007 et en perdait en 2008 pour des problèmes de gestion et un manque de diversification. Au départ, cette entreprise avait été une association qui faisait de l’accompagnement vers l’emploi. Ses clients, c’étaient Pôle Emploi, les conseils généraux. Au fil du temps ils avaient voulu développer un deuxième champ d’activité en s’orientant vers le privé et en développant l’approche systémique*. Sauf qu’ils n’avaient pas de réseau et ne connaissaient pas le mode d’emploi pour s’adresser aux acteurs de ce marché…

Quelles ont été vos premières actions ?

J’ai commencé par travailler sur l’offre et sa présentation pour être capable de la vendre. Ce qui a pris six mois.
En même temps, je me suis attaquée au nom de l’entreprise. Je trouvais qu’il ne se mémorisait pas et ne correspondait pas vraiment à notre activité. Mais changer de nom, c’est toujours délicat et il fallait que le personnel porte ce projet. On a donc brainstormé, sans résultat percutant. J’ai alors fait appel à un cabinet marketing qui nous a proposé 200 noms. J’ai établi une présélection, sur laquelle j’ai fait voter mon équipe. C’est finalement Elantiel, qui induit l’idée de se redonner de l’élan pour aller à l’essentiel, qui a été retenu. Avec ce slogan : « Le plaisir du changement » quand, traditionnellement, le changement fait plutôt peur. Pour nous, en effet, le changement, c’est passer gentiment d’un état à un autre.
Nous faisons toujours de l’accompagnement vers l’emploi avec nos clients historiques, mais nous avons aussi développé d’autres marchés. Nous avons ainsi fait une percée dans le monde médico-social, le secteur associatif, ainsi qu’auprès des entreprises privées, notamment les banques, l’industrie et les acteurs du travail temporaire. Cela démarre doucement, mais l’idée c’est que l’on parvienne à faire un tiers au moins de notre chiffre d’affaires sur ces nouveaux marchés.

Vous avez repris une entreprise en difficulté, en pleine crise économique. Comment avez-vous redressé la barre ?

J’ai été obligée de réduire l’effectif en nous séparant de deux personnes et j’ai demandé des efforts à tout le monde en réduisant le temps de travail et en adoptant une gestion serrée des frais. Grâce à ce plan, on a bien terminé l’année 2009. Puis, on a enchaîné sur une belle année 2010, avec une croissance de 20 % et un résultat positif. Cela nous a d’ailleurs permis d’embaucher une personne pour notre nouvelle antenne à Montpellier.

Quels sont vos objectifs désormais ?

D’abord, de se faire plaisir en travaillant. On ne court pas après une croissance à deux chiffres, même si j’aimerais pouvoir distribuer de l’intéressement, des dividendes. Ce qui m’importe vraiment, c’est de trouver le moyen avec l’équipe de gagner de l’argent de façon régulière sans se prendre la tête. Je recherche avant tout un équilibre…
Peut-être que si j’avais 15 ans de moins, je ne verrais pas du tout les choses ainsi. Mais j’ai 57 ans, et dès le moment de la reprise de l’entreprise, j’avais déjà en tête la problématique de passer la main un jour. Ce qui rend d’autant plus nécessaire que l’on gagne de l’argent ! Pour cela, il faut que l’on développe encore nos compétences, et que l’on soit reconnus pour notre spécificité sur l’approche systémique, à la hauteur du savoir-faire qui est le nôtre. C’est pour cette raison que je souhaite mettre en place avant la fin de l’année un site internet. Maintenant que l’on propose une initiation et une formation à l’approche systémique, on a vraiment besoin de ce site.

Comment vivez-vous votre nouveau statut de chef d’entreprise ?

C’est une tension permanente. Cela n’a rien à voir avec celle que l’on ressent quand on est salarié. Là, j’ai la pression permanente du chiffre. Même si je suis sereine sur le projet, sur notre offre, je ressens la pression économique. J’ai ainsi été tranquille les 15 derniers jours de 2010 et les 15 premiers de 2011, avant la mauvaise surprise du premier semestre. En effet, nos clients du public ont subi de fortes restrictions budgétaires et on ne l’avait pas vu venir… Toutefois, nous avons un certain nombre de projets dans le carnet au second semestre qui devraient nous permettre de redresser la barre.

* Cette approche prend en compte l’humain au sein du système organisationnel que constitue l’entreprise. Déculpabilisante, elle aide à atteindre un objectif commun en tenant compte des intérêts et approches individuels divergents.

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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