Interview

Yvon Thomas, paysagiste d’urbanisme à Plassay (17)

Ce patron d’une entreprise de paysagisme a mis en place une démarche de prévention des troubles musculo-squelettiques très ambitieuse, avec des implications sur le plan organisationnel, matériel et humain. Une initiative qui lui permet non seulement d’agir sur la santé et la sécurité des hommes, mais qui génère aussi des bénéfices pour l’entreprise. Explications…

Yvon Thomas, paysagiste d’urbanisme à Plassay (17)

Pourquoi vous êtes-vous senti concerné par la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) dans votre activité ?

Mon entreprise intervient chez les particuliers dans l’entretien et l’aménagement du paysage. Mes salariés et moi sommes des généralistes. Je suis sur le terrain avec eux tous les matins et à 46 ans, je sentais que l’activité était de plus en plus difficile pour moi. Mal au dos, mains qui se déforment… je commençais à souffrir et à le dire. C’est devenu un vrai problème, pour moi, mais aussi pour mes salariés : j’ai envie qu’ils soient à peu près en état à la retraite !
Je suis donc parti de l’observation de mon propre cas, sachant que l’on fait un métier très manuel qui se conjugue avec une météo pas toujours clémente. D’ailleurs, dans notre secteur, la pyramide des âges est relativement basse : il y a très peu de professionnels au-delà de 50 ans. La plupart font ce métier pendant 15-20 ans, puis le quittent. Par ailleurs, à partir d’un certain âge, on constate un développement des arrêts maladie et des mi-temps thérapeutiques chez certains confrères…

Qu’avez-vous entrepris ?

J’ai mis en place un plan général de lutte contre les risques professionnels (routiers, impacts des produits chimiques sur l’environnement…) avec la MSA (Mutualité Sociale Agricole, NDLR) il y a trois ans. On est allés plus loin que le Document unique d’évaluation des risques qui ne va pas bien loin et on a mis en place un plan de prévention des risques professionnels, depuis le transport le matin jusqu’au retour le soir.
Tout n’était pas lié aux TMS, mais cela représente une part importante.

Quelles actions concrètes avez-vous mis en œuvre concernant la lutte contre les TMS ?

Nous avons commencé par une phase d’observation avec un expert de la MSA et un ostéopathe, qui s’est ensuite conjuguée petit à petit avec des actions, mais qui a pris en tout presque deux ans.
Au final, nous avons travaillé sur trois points particuliers : l’organisation du travail, le choix des matériels et matériaux, ainsi que la sensibilisation et la formation des hommes.
Sur l’organisation du travail, nous avons mis en place un calendrier pour que les plus gros travaux physiques n’aient plus lieu le lundi et le vendredi, afin que les corps aient le temps de s’échauffer.
On alterne aussi les équipes quand les travaux à faire sont assez durs. Sur la taille des haies par exemple, ils permutent toutes les deux heures pour éviter de faire les mêmes mouvements toute la journée. L’ennemi, dans notre travail, c’est la répétition des tâches. C’est certes plus efficace à court terme de spécialiser les membres d’une équipe, mais à terme ça se ressentirait sur la santé des gars.
On essaie également de prendre quelques jours de vacances tous les trimestres, mes salariés bénéficiant de cinq semaines de congés payés et de 13 jours de RTT. On n’y arrive pas tout le temps mais je les incite fortement à le faire. C’est important de s’arrêter régulièrement.

Vous avez aussi investi dans du nouveau matériel ?

En effet. On a changé certaines machines très résistantes, mais aussi très lourdes pour du matériel normalement conçu pour les particuliers, beaucoup plus léger. C’est le cas, notamment des taille-haies, des tondeuses et des tronçonneuses. Elles durent moins longtemps, mais c’est aussi moins cher, et au final, on s’y retrouve. Sur d’autres machines, on est également passé sur du matériel électrique, moins bruyant.
Vous dites avoir aussi travaillé sur les hommes eux-mêmes…
En effet, grâce à l’ostéopathe. Il nous a conseillé certaines postures et formé aux étirements. Ainsi, le vendredi ou le soir après de gros travaux, on organise une séance d’étirements. Et comme il était aussi sensibilisé à la médecine chinoise, il nous a également appris à nous protéger contre les éléments : pas seulement le froid, mais aussi le vent et le soleil. On porte désormais des sweats et des vestes avec des cols assez hauts et des vêtements assez longs pour protéger les reins d’un coup de vent. Et l’été, on a troqué la casquette contre le chapeau qui protège mieux.

Globalement, comment votre équipe a réagi à ces changements ?

La nouvelle organisation les a rendus plus polyvalents, ce qui n’a pas été simple au départ, c’est vrai. Ils avaient un a priori plutôt négatif. Mais finalement, pour eux, c’est plus intéressant aussi de varier les tâches.
De même avec le changement de matériel : même si certains ont eu quelques réticences au départ sur la qualité du nouveau, elles ont été rapidement balayées dès qu’ils l’ont utilisé.
L’important dans cette démarche, c’est que l’ensemble du personnel a été impliqué. Les changements ont eu lieu progressivement et finalement, dans l’ensemble, il n’y a pas eu de vrais freins.
A l’inverse, cela a beaucoup joué sur leur motivation ! Quand ils regardent comment travaillent leurs confrères et qu’ils voient qu’ils n’en sont pas du tout là où nous en sommes, je peux vous dire qu’ils n’ont pas envie de retailler les haies à l’échelle ! C’est un vrai élément de fidélisation car cela leur montre que l’entreprise s’occupe d’eux.

Est-ce que l’entreprise s’y retrouve ?

C’est vrai que cela représente un certain coût et le retour sur investissement n’est pas vraiment mesurable, mais d’une part c’est un élément de motivation, et d’autre part, question productivité, je peux vous dire qu’on n’est pas mauvais. Souvent, chez les artisans, l’organisation part un peu dans tous les sens. Cette expérience nous a poussés à travailler sur ce sujet. Par exemple, on a un programme d’entretien des jardins sur un an : chaque chef d’équipe sur le terrain est commercial. A l’issue d’un travail, il prend systématiquement rendez-vous pour l’année suivante.

Et vous, avez-vous senti le bénéfice de ces actions sur votre santé ?

La déformation de mes mains est définitive, mais au moins elle ne va pas s’accentuer. Et je ressens le bénéfice de la pratique des étirements et d’avoir à porter des machines moins lourdes sur la fatigue et la récupération.

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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