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2016 devrait rimer avec reprise

Avec une croissance de 1,8 %, 2016 devait être l’année de la reprise. Fin 2015, tous les indicateurs (pétrole, euro, taux d’intérêts) sont en effet au vert, avec des conséquences tangibles même si la croissance demeure « molle » : le rebond d’activité est perceptible pour la première fois depuis 2012 et le taux de faillites est en baisse. Décryptage.

2016 devrait rimer avec reprise

La reprise est presque là. Et pourtant, aucun économiste n’ose encore parler d’un décollage ; c’est plutôt l’expression « croissance molle » qui est privilégiée. L’annonce par l’Insee d’une croissance nulle de l’économie française au deuxième trimestre 2015 avait fait l’effet d’une douche froide, surtout si on comparait avec la situation des principaux pays de la zone euro (élargis au Royaume-Uni). Le troisième trimestre est meilleur et l’OFCE (observatoire française des conjonctures économiques) indique que, sur l’ensemble de l’année, la France enregistrerait une hausse du PIB de 1,1 %, le taux de chômage se stabiliserait à 10 % et le déficit public continuerait sa lente décrue, atteignant 3,7 % du PIB. « Au-delà de ses à-coups trimestriels, la croissance hexagonale est bien positive, mais insuffisante pour signer une entrée en phase de reprise proprement dite comme on a pu le voir dans le passé. Un tel schéma suppose en effet que la croissance s’installe durablement au-dessus de la croissance potentielle et que s’enclenche de ce fait un mouvement de convergence du PIB vers le PIB potentiel, mettant fin au retard d’activité accumulé depuis le début de la crise », note Hervé Péléraux de l’OFCE.

Des indicateurs favorables

Si la reprise a notamment été ralentie par des politiques budgétaires restrictives (qui ont coûté un demi-point de PIB (1)) et par le ralentissement de l’économie chinoise (impact négatif de 0,3 point de PIB), plusieurs indicateurs témoignent maintenant d’« un alignement des planètes », à commencer par la baisse du prix du pétrole (- 50 % environ depuis l’été 2014) qui représente un gain d’environ 20 milliards d’euros en année pleine. Le taux de marge de l’industrie a ainsi pu se reconstituer au-delà de ce qu’il était avant la crise de 2008 et les entreprises de transport en ont également bénéficié car cette baisse n’a pas été répercutée sur le produit final. Autre facteur positif : la baisse de l’euro de 20 % depuis la mi-2014 (de 1,4 à 1,1 dollar en moyenne depuis le début de 2015) qui a permis de relancer les exportations. Les grandes entreprises en ont bénéficié, les PME/TPE sous-traitantes en ont profité par ricochet. Le maintien d’un euro à un faible niveau devrait contribuer pour 0,3 point de PIB de croissance en 2016 (contre 0,2 cette année). Enfin, la politique de crédits à faible taux d’intérêt devrait continuer via les décisions de la Banque centrale européenne (BCE) : les taux ont atteint aujourd’hui un plancher historique et sont même inférieurs d’un point à ceux enregistrés au moment de la reprise de 2003. Ces facteurs conjugués devraient permettre aux entreprises de passer le cap suivant : l’investissement.

Les PME/TPE dépendantes de la zone euro et en bout de chaîne

Particulièrement touchées, les PME et les TPE, qui sont « très dépendantes de la zone euro », point noir dans le tableau de l’économie mondiale. A l’instar des grandes entreprises, elles ont sous-investi depuis 2008. « Il y a encore un problème d’inertie par rapport à l’investissement, un phénomène d’attentisme », décrit Mathieu Plane, directeur adjoint au département analyse et prévisions de l’OFCE. En cause, « les traces du passé » très présentes dans l’économie, avec un niveau de faillites très élevé depuis 2008, une destruction du capital de production qui a conduit à un déficit d’innovation. « C’est un retour sur désinvestissement, cette diminution de l’investissement net des entreprises a réduit les capacités de production », poursuit l’économiste. Ce cycle devrait toutefois prendre fin avec une amélioration du contexte global, qui se traduit notamment par un net rebond de créations d’entreprises en septembre 2015 selon l’Insee. Mais on note parallèlement 7,6 % de faillites supplémentaires au premier trimestre 2015 par rapport à 2014, un niveau « historique », indique le cabinet Altares, qui pointe « une forte sinistralité des petits employeurs et PME de 16 à 20 salariés ». Depuis, le nombre de défaillances d’entreprise a diminué, mais, situées en bout de chaîne, les PME/TPE pourraient être les dernières à bénéficier de la reprise. Dans une étude de 2013 réalisée à partir d’une méthode d’évaluation de la productivité globale des facteurs, l’Insee estimait la croissance potentielle pour la France entre 1,2 % et 1,9 % pour la période 2015-2025. « En 2015, tous les vents sont favorables, donc 2016 devrait être l’année de la reprise », conclut Mathieu Plane. Sauf si les attentats devaient conduire à une crise de confiance (tourisme, report d’achats des ménages) et que les indicateurs liés à la géopolitique (prix du pétrole, rapport euro/dollar) démentaient les prévisions.

(1) Un point de PIB : 20 milliards d’euros

 

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