Interview

Jacques Huybrechts, fondateur et porte-parole du réseau Entrepreneurs d’avenir

Réinventer l’entreprise, c’est la lourde tâche à laquelle s’est attelé Entrepreneurs d’avenir. Ce réseau, composé d’environ 500 entreprises, promeut un nouveau modèle de croissance et de progrès durable, en s’appuyant sur des actions et propositions concrètes. Explications de Jacques Huybrechts, son fondateur...

Jacques Huybrechts, fondateur et porte-parole du réseau Entrepreneurs d’avenir

Quel est la raison d’être du réseau Entrepreneurs d’avenir ?

Entrepreneurs d’avenir est né d’une réflexion sur les engagements de l’entreprise. Dirigeant d’une agence d’événementiel, j’ai été amené à réfléchir sur la notion d’engagement dans le monde de l’entreprise. Et je me suis aperçu qu’il était très difficile d’identifier les entrepreneurs vraiment responsables, qui pensent qu’on peut concilier un engagement humain, sociétal et économique, entre ceux qui disent qu’ils sont et ne font pas et ceux qui font et ne disent rien… En 2009, j’ai eu envie de réunir ces entreprises en allant les chercher. Cela a donné le premier Parlement des entrepreneurs d’avenir qui a vu le jour dans un lieu hautement symbolique : l’Assemblée Nationale.
Entrepreneurs d’avenir, c’est aujourd’hui un réseau qui a pour objectif de créer du lien entre ces entreprises, de leur permettre d’échanger et, éventuellement, de travailler ensemble. Il réunit environ 500 acteurs dans tous les domaines, de l’industrie au commerce, en passant par l’entreprise sociale.

Les 12 et 13 mai prochains, aura lieu la deuxième édition du Parlement des entrepreneurs d’avenir. Que va-t-il s’y passer ?

Après le premier Parlement, plusieurs sujets ont émergés, portés par une ou plusieurs entreprises. Les 12 et 13 mai prochains, à Nantes, 11 commissions présenteront publiquement les conclusions de leurs différents travaux, à travers soit un livrable définitif, soit une étape.
Par exemple, sur la thématique de la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse dans l’entreprise : trois PME du réseau ont travaillé à l’évaluation de leur capital immatériel. Le Parlement va donner les résultats mais surtout les conclusions tirées par les dirigeants eux-mêmes.
Autre thème abordé : celui de la femme dirigeante, l’objectif étant de faire émerger dans le réseau un incubateur de femmes dirigeantes d’avenir.

Il n’existe aucun haut patronage pour cette édition. Pourquoi ?

Simplement parce qu’on n’en n’a pas recherché. Nous n’avons pas besoin de la puissance publique et on ne veut pas de récupération politique quelconque.
En revanche, on a besoin de travailler avec les collectivités locales. C’est le cas avec la région de Nantes par exemple. On a cherché depuis plus d’un an à initier un écosystème entrepreneurial avec des entreprises, des grands groupes, des pouvoirs publics, des associations… et qui j’espère se traduira par des actions concrètes derrière. Comme par exemple sur la manière dont on peut relocaliser la production… C’est une sorte de contrat de progrès qui peut prendre beaucoup de formes en fait.

Que faut-il faire pour être un entrepreneur d’avenir selon vos critères ?

Il faut savoir que pour entrer dans le réseau, il n’y a pas de cotisation. On n’achète donc pas sa présence.
Ceci dit, on n’attend pas un niveau d’engagement élevé, type label Iso 26.000 ou 14.001. En revanche, il faut avoir pris conscience des enjeux et être dans une démarche d’intégration et de progrès au cœur de son activité, que ce soit dans ses produits ou services, mais aussi dans les relations avec ses collaborateurs, ses fournisseurs…
Cela peut être simplement dans un domaine. Nous par exemple, avons commencé par travailler sur l’humain plutôt que sur l’écologie. Notre marque de fabrique, c’est de concevoir et de produire des événements qui produisent du sens, des projets économiquement viables, mais aussi humainement vivables pour l’équipe et pour tous ceux qui travaillent avec nous. On a donc travaillé sur l’ambiance au travail, les rythmes de vie professionnelle/privée. C’est à chaque entreprise de voir en fonction de son activité sur quoi peut porter son engagement : cela peut être sur ses valeurs globales ou sur un point particulier comme la formation, la diversité… Si l’on se positionne dans le secteur industriel, les efforts peuvent porter sur le volet environnemental en travaillant sur les économies d’énergie, l’empreinte écologique…
Dans une deuxième phase en revanche, on va être plus regardant : il faut s’engager à faire mieux d’année en année, même si l’on n’est pas dans une démarche moralisatrice. La responsabilité sociétale, c’est une voie innovante plus que contraignante, et c’est loin d’être incompatible avec la réussite économique. Encore faut-il en avoir conscience…

Après le Parlement, quelle est la prochaine étape ?

Il va falloir beaucoup de temps et que de nombreuses conditions soient réunies pour que les entreprises soient vraiment responsables. Et il y a de telles divergences entre les attentes des actionnaires, des dirigeants, des consommateurs, des pouvoirs publics… nous ne sommes pas prêts de disparaître ! On note quand même des progrès : le Grenelle est passé par là et cela oblige beaucoup d’acteurs à bouger, mais on s’aperçoit aussi qu’il faut une vigilance permanente. On le voit sur le photovoltaïque où l’on assiste à un recul car l’Etat a besoin de faire rentrer les recettes fiscales.
Dès le troisième Parlement des entrepreneurs d’avenir, on souhaite s’inscrire dans une dynamique plus internationale, au minimum européenne, soit avec des associations, soit avec des organisations proches de la nôtre. Nous voulons aussi mettre en place une articulation TPE/ PME/ grands groupes : quand on est entrepreneur, on est d’abord focalisé sur son entreprise et c’est normal. Mais on voit bien l’intérêt de faire partie d’une dynamique de groupe et de pouvoir échanger pour progresser.

Propos recueillis par Nelly Lambert
Rédaction de NetPME

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