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Les experts-comptables interpelés sur le financement des TPE

Des économistes et représentants du patronat ont appelé les professionnels du chiffre à former et orienter les chefs d'entreprises vers des sources de financement alternatives telles que le crowdfunding.

Les experts-comptables interpelés sur le financement des TPE

« Les experts-comptables sont les interprètes des entreprises pour leur développement ». Philippe Dessertine est convaincu du rôle « fondamental » des professionnels du chiffre pour accompagner leurs clients en matière de financement. « Ils maîtrisent la langue financière » qui fait souvent défaut aux patrons de TPE français et qui est pourtant indispensable pour solliciter les banques et surtout les marchés, expliquait l’économiste, jeudi dernier, lors d’une conférence des universités d’été des instances franciliennes. Pourtant, cette facette est généralement laissée de côté. Le chef d’entreprise fait surtout appel à son expert-comptable pour ses compétences juridiques et fiscales et ce, en raison de la multiplication des textes et des obligations, relève Philippe Dessertine.

Proposer des alternatives

Thibault Lanxade, président du pôle entrepreneuriat au Medef, invoque lui aussi la « responsabilité commune » de la profession comptable et du patronat de « former » le chef d’entreprise. Notamment pour « identifier des moyens de financement alternatifs ». Un avis partagé par l’économiste Christian Saint-Étienne selon lequel les experts-comptables doivent être « capables » d’orienter les entreprises vers d’autres sources de financement. Il s’agit là d’une nécessité, d’après plusieurs intervenants, en raison des difficultés pour les plus petites entreprises d’emprunter dans un système traditionnel de financement bancaire et d’une « faiblesse dans le financement des TPE-PME (…) entre 200000 et 800000 euros ».

Nouvelles missions

De plus, les professionnels du chiffre peuvent prendre une part active dans le recours à ces nouveaux outils de financement. Et être « le chaînon manquant » entre l’offre et la demande, relève Stéphane Cohen, vice-président de l’ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France. Par exemple, dans le cadre du crowdfunding, lequel consiste à mettre en relation des investisseurs (souvent des personnes physiques) et des porteurs de projets ou des entreprises qui veulent financer leur projet de développement. Un entrepreneur qui demande un financement participatif avec un dossier préparé par un expert-comptable augmente ses chances de réussite, affirme Stéphane Cohen. Car la sélection des dossiers à l’entrée est assez sévère ; la plateforme en ligne Unilend (qui met en relation prêteurs et emprunteurs) déclare ne retenir que 5 à 10% des dossiers reçus. D’ailleurs, pour faire sa sélection, elle fait appel à votre profession. « Notre premier interlocuteur pour analyser les dossiers est l’expert-comptable », précise son fondateur Nicolas Lesur.
Les commissaires aux comptes (Cac) ne sont pas en reste et peuvent aussi intervenir dans le cadre de ces sources de financement. Si l’émetteur a un Cac, ce dernier peut effectuer des diligences directement liés ; sinon, la plateforme peut demander un audit contractuel, indique Benoît Violier de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Versailles. « Nous avons beaucoup à apporter en terme de sécurisation », souligne l’élu qui pointe le « travail » qui reste à accomplir sur ce système encore jeune.

Une base de données des entreprises d’ici fin 2014

Face à ces nouveaux enjeux, les professionnels sont-ils suffisamment armés ? Pour les aider à mieux appréhender ces problématiques, l’ordre des experts-comptables francilien va mettre en ligne des outils sur la typologie des financements et des documents téléchargeables, ainsi que développer la formation sur le conseil en financement, a annoncé Stéphane Cohen.
Plus globalement, afin de mettre en place une stratégie économique dans les entreprises, Christian Saint-Etienne appelle la profession comptable à constituer avec la Banque de France une « base de données de référence ». Objectif :  identifier les faiblesses et les retards de l’entreprise puis la pousser vers l’investissement, précise l’économiste. Un projet est en cours, lui répond Julien Tokarz. Une base des données des entreprises par secteur, zone géographique,… devrait voir le jour d’ici la fin de l’année, indique le président de l’ordre des experts-comptables de la région Paris Île-de-France. Ce chantier consisterait à exploiter les données collectées sur le portail Jedeclare.com concernant les TPE et PME.

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