Interview

Béatrice Charbonnier, PDG d’Albéa, à Brûlon (72)

Dans un secteur fortement touché par la crise et la concurrence étrangère, Béatrice Charbonnier tente de maintenir le cap de sa société de confection textile haut de gamme en se diversifiant.

Béatrice Charbonnier, PDG d’Albéa, à Brûlon (72)

Sur quel créneau de la confection textile évolue Albéa ?

Nous travaillons pour le compte de donneurs d’ordre qui sont soit des grands couturiers (Céline, Dior, Nina Ricci etc.), soit des marques haut de gamme (Lacoste, Bleu Blanc Rouge etc.). Nous ne travaillons pas sur la création. Nous recevons les matières premières, les croquis et le patronage et notre rôle est ensuite de les industrialiser. Il s’agit de passer les articles dans toutes les tailles tout en répondant à la charte qualité des donneurs d’ordre et ce, dans un moindre coût. Nous fabriquons essentiellement des vestes, manteaux, cabans, jupes, robes… En d’autres termes tout ce que l’on pourrait appeler «vêtements de dessus» pour hommes et femmes, 100 % made in France.

Le secteur du textile est en perte de vitesse ces dernières années… Comment cela s’est-il traduit chez Albéa ?

Dès le début de l’année 2008, les donneurs d’ordre ont commencé à ne plus privilégier le «made in France» et à se tourner vers l’Italie et les Pays de l’Est, où se situent nos concurrents sur le créneau du textile haut de gamme. En octobre 2008, la crise a fait basculer les ventes de nos donneurs d’ordre et par conséquent nos volumes de production. Il faut savoir que 80 à 85 % de ce que nous fabriquons est exporté par les donneurs d’ordre à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et au Japon.

Comment gérez-vous ces évolutions ?

Nous essayons de passer le creux de la vague. L’entreprise est dans une situation difficile, nous avons perdu des marchés depuis la crise et il est aujourd’hui délicat de se projeter. Notre chiffre d’affaires, qui s’élève désormais à 1,6 million d’euros, a diminué de 20 % par rapport à N-1. Pour faire face à cela, nous développons des collections et des activités sur le service et le prototypage de pièces de collection plus que sur la production. Depuis un an, j’ouvre également mes portes aux jeunes créateurs. Ces efforts ne compensent pas la perte de certains gros clients mais ils permettent d’atténuer le choc. Nous faisons le maximum pour convaincre les donneurs d’ordre de rester en France, que ce soit en termes de tarifs, de services ou de compétences.

Avez-vous eu recours au licenciement ?

Une première vague de restructuration a effectivement entraîné 11 départs en début d’année (neuf licenciements et deux départs à la retraite). C’est malheureusement général dans notre secteur: la confection a licencié 700 personnes sur les 6000 dans le grand Ouest depuis le début de l’année 2009. Le tout est de faire partie de ceux qui résistent…

Comment envisagez-vous l’avenir ?

J’aimerais être optimiste mais je ne le suis pas particulièrement. Notre atelier est surdimensionné par rapport au marché et il n’y a pas aujourd’hui de réelle reprise dans le secteur de la confection textile. Par écho à nos donneurs d’ordre, nous n’avons pas de visibilité, il est donc vraiment difficile d’établir un plan stratégique.
Malgré tout, nous souhaitons passer de deux à huit clients d’ici à deux ans en augmentant la qualité des produits pour satisfaire les clients haut de gamme. Nous allons par ailleurs continuer à développer des groupes autonomes et à établir des plans de formation.

Propos recueillis par Delphine Talvat
Le Journal des Entreprises

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