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[Interview] Vincent Bernard : « Je n’ai eu le droit à rien car je ne rentrais pas dans les cases »

Au bord du gouffre pour avoir été solidaire en fabriquant des masques, une PME française demande de l'aide au gouvernement. Interview de Vincent Bernard, dirigeant des Ateliers Pulsion Design à la Séguinière en périphérie de Cholet (Maine et Loire).

[Interview] Vincent Bernard : « Je n’ai eu le droit à rien car je ne rentrais pas dans les cases »
Le dirigeant des Ateliers Pulsion Design, Vincent Bernard, à dû vendre son atelier de confection pour renflouer sa trésorerie.

Suite au Covid, les Ateliers Pulsion Design ont été contraints de licencier 22 de leurs 30 salariés. L’entreprise n’a pas eu le droit de toucher le fonds de solidarité. Explications.

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Quel a été le parcours d’Ateliers Pulsion Design ?

Vincent Bernard, dirigeant des Ateliers Pulsion Design : En janvier 2018, j’ai racheté un fonds de commerce, composé d’ateliers intégrés à une PME textile locale, et créé une société, les Ateliers Pulsion Design, avec un atelier de sérigraphie textile et un atelier de confection. Les ateliers comptaient alors 11 salariés, avec une moyenne d’âge de 58 ans et n’avaient pas d’ordinateur.

En deux ans, nous sommes passés de 11 à 30 salariés et de 300 000 € de CA à 1,8 M€.

Ils dégageaient 300 000 € de chiffre d’affaires pour 1 M€ de charges. C’était plus un outil de service pour la marque Terre de Marins. En deux ans, nous sommes passés de 11 à 30 salariés et de 300 000 € de CA à 1,8 M€.

Comment avez-vous vécu la crise sanitaire ?

V. Bernard : Alors que la société commençait à gagner de l’argent entre novembre 2019 et février 2020, la crise a stoppé net toute l’activité sérigraphie, liée à l’événementiel, qui représentait 80 % du chiffre d’affaires. Sans événement sportif, sans festival, sans salon, nous n’avions plus d’activité et notre CA a donc mécaniquement baissé de 80 % entre mars 2020 et septembre 2021.

Je n’ai pas imaginé que fabriquer des masques sans dégager de marge allait tuer mon entreprise. J’ai été naïf.

Étant donné que toute la France réclamait des masques, nous avons décidé de profiter de notre atelier de confection pour en produire et pour les vendre à des PME locales et à des pharmacies. Je n’ai pas imaginé qu’en fabriquer sans dégager de marge allait tuer mon entreprise. J’ai été naïf.

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Pourquoi n’avez-vous pas touché le fonds de solidarité ?

V. Bernard : Nous avons bien été qualifiés auprès de l’État en « S1 bis », en tant qu’activité connexe à l’évènementiel. Mais dans la logique du gouvernement, il ne fallait pas travailler pendant le premier confinement. J’ai été exclu du fonds de solidarité car si nous avons bien respecté le premier critère de « baisse d’au moins 50 % du chiffre d’affaires tous les mois », avec la fabrication de masques, nous n’avons pas respecté le deuxième critère de « baisse de 80 % du CA lors du premier confinement ». D’autant que nous n’avons qu’un seul Siret pour nos deux ateliers de confection et de sérigraphie.

Je n’ai eu le droit à rien car je ne rentrais pas dans les cases.

Si entre juin 2020 et septembre 2021 nous avons perdu 60 à 80 % de notre chiffre d’affaires, nous n’avons donc pas eu droit de bénéficier du fonds de solidarité, notre CA ayant été gonflé artificiellement par la vente de masques (500 000 €) pendant ces deux mois. Si je comprends le fait de ne pas avoir reçu d’aide pendant cette période-là, en revanche, entre juin 2020 et septembre 2021, tous les mois, nous avons enregistré une baisse de 70 % de notre activité.

Mais je n’ai eu le droit à rien car je ne rentrais pas dans les cases. En termes de déclaration, j’ai fait une erreur : j’ai déclaré que j’avais fait du CA alors que je n’aurais pas dû le déclarer ou alors le déclarer, comme l’ont fait les restaurateurs, en vente à emporter.

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Quelle est l’issue pour votre entreprise aujourd’hui ?

V. Bernard : Je viens d’apprendre que Bercy ne dérogera pas à la règle et ne reviendra pas en arrière, ce d’autant plus que le dispositif de fonds de solidarité n’existe plus. Aujourd’hui, je risque de mettre la clé sous la porte. Or, ce que je veux éviter à tout prix est de liquider mon entreprise. J’ai dû licencier 22 personnes depuis le 25 février et quitter l’un des deux bâtiments, celui de confection, mettre en vente ma maison et demander de l’aide à ma famille et à mes amis pour renflouer la trésorerie.

J’ai un passif trop lourd à éponger : j’ai perdu entre 25 000 et 30 000 € tous les mois, soit près de 500 000 € en tout du fait du Covid.

Si depuis octobre dernier, l’activité est repartie et que nous ne perdons plus d’argent, nous avons encore beaucoup de dettes. J’ai un passif trop lourd à éponger : j’ai perdu entre 25 000 et 30 000 € tous les mois, soit près de 500 000 € en tout du fait du Covid. L’autre issue, que je souhaite privilégier, est de vendre mon actif, la marque de textile Made in France Seize Point Neuf que nous avons créée en juin 2020, qui représente entre 250 000 et 300 000 €, pour pouvoir combler les pertes en 3, 4, 5, 6 ans de Pulsion Design.

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Charlotte de Saintignon

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