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[Interview] Céline Dargent, expert-comptable : « Les TPE/PME ont intérêt à souscrire un PGE avant le 31 décembre »

Céline Dargent, expert-comptable associée chez Sadec-Akelys, assure que le prêt garanti par l’État (PGE) est davantage attractif aujourd’hui, même pour les TPE/PME qui jouissent d’une trésorerie confortable. Explications.

[Interview] Céline Dargent, expert-comptable : « Les TPE/PME ont intérêt à souscrire un PGE avant le 31 décembre »
« La première question que nous posons aux chefs d’entreprise est celle de savoir si leur activité a repris. Nous établissons ensuite un prévisionnel pour leur permettre de se projeter sur les douze prochains mois », explique Céline Dargent, expert-comptable associée chez Sadec-Akelys.

« Grâce aux prêts garantis par l’État, près de 600 000 entreprises ont bénéficié d’un renfort de trésorerie indispensable pour faire face à la crise. En partenariat avec les banques, nous leur donnons aujourd’hui plus de visibilité sur les conditions de remboursement de ces prêts. Notre objectif : faciliter le remboursement des PGE pour toutes les entreprises, à un coût modéré », a déclaré Bruno Le Maire dans un communiqué du 6 septembre. Le point sur le PGE avec Céline Dargent, expert-comptable associée chez Sadec-Akelys, cabinet d’expert-comptable spécialisé dans les problématiques des TPE/PME, qui conseille aux petites entreprises de sauter le pas d’ici la fin d’année.

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Les TPE/PME ont-elles intérêt à souscrire un PGE ?

Depuis sa mise en place le 25 mars, il y a eu un afflux de demandes. De manière générale, quand il y a des aides à disposition, je conseille à mes clients de les saisir, à condition qu’ils aient la capacité de les rembourser, bien sûr. Ainsi, 60 % de mes clients ont demandé un PGE. Son utilité est d’autant plus avérée lorsque l’entreprise a dû faire face à un arrêt ou une réduction d’activité, et lorsqu’elle est confrontée à une reprise encore timide ou inexistante.

« L’avantage de souscrire un PGE maintenant est que le chef d’entreprise est plus serein et a plus de visibilité qu’en avril où tout était flou. »

Si l’entreprise n’a pas encore bénéficié d’un PGE, elle a donc intérêt à le faire avant le 31 décembre 2020. L’avantage de souscrire un PGE maintenant est que le chef d’entreprise est plus serein et a plus de visibilité qu’en avril où tout était flou. Il peut ainsi choisir un montant plus adapté et ne devra le rembourser qu’à partir de septembre 2021. Certaines entreprises, qui ont déjà fait une première demande de PGE, peuvent demander un complément, dans la limite de 25 % de leur chiffre d’affaires. Elles doivent alors refaire des projections pour les justifier.

Si nous prenons l’exemple des entreprises du secteur des cafés, hôtels et restaurants (HCR), elles ont intérêt à refaire un complément de prêt via un PGE saison – basé sur les trois meilleurs mois de l’année 2019 – ou via un complément de leur PGE initial.

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Quid des entreprises dont l’activité a repris ?

Tout dépend de leur niveau d’activité. Les différentes études évoquent une reprise d’activité à l’identique pour l’été 2021. Certains secteurs souffrent encore et ont plus de mal que d’autres. Le PGE peut être utile pour conforter leur trésorerie et anticiper une éventuelle deuxième vague voire des confinements localisés.

Même si le chef d’entreprise bénéficie d’une trésorerie confortable et n’a pas dû faire face à une perte d’activité significative, il a intérêt à en souscrire un, quitte à le mettre de côté et à le rembourser dans un an.

Comment utiliser ce PGE ?

La trésorerie des entreprises a été très fortement impactée et affaiblie par les deux mois de confinement et par la période estivale. Les PGE sont là pour combler voire consolider cette trésorerie et aider les entreprises à passer ce cap difficile. Mais il faut garder à l’esprit que ce prêt reste une dette, un financement qui va permettre de garder la trésorerie de l’entreprise à flots.

Son objectif n’est pas de permettre à l’entreprise d’investir ou de profiter de nouvelles opportunités. Contrairement à des financements d’investissements, sa particularité est d’être une dette qui n’amène pas un surplus d’activité.

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Comment s’assurer d’avoir la capacité à rembourser ?

La première question que nous posons aux chefs d’entreprise est celle de savoir si leur activité a repris. Nous établissons ensuite un prévisionnel pour leur permettre de se projeter sur les douze prochains mois, pour démontrer le montant nécessaire pour pouvoir passer l’année et s’assurer que l’entreprise aura la capacité à rembourser l’emprunt.

« J’établis des prévisionnels plutôt pessimistes avec une reprise d’activité à 50 % »

L’idée est de voir si elles peuvent reprendre les dettes en cours et ajouter le PGE. Mais un prévisionnel reste un prévisionnel, avec toutes les incertitudes qui sont liées. J’établis des prévisionnels plutôt pessimistes avec une reprise d’activité à 50 %. Les prévisions du gouvernement sur les défaillances d’entreprise sont estimées à 7 voire 8 %.

Les conditions bancaires ont-elles été assouplies pour aider les entreprises à rembourser ?

En principe, le PGE a été conçu pour être remboursé au bout d’un an. Mais rembourser trois mois de son chiffre d’affaires en une fois, c’est compliqué ! Compte tenu de la reprise timide, beaucoup de sociétés vont devoir convertir le PGE en prêt classique qui sera toujours garanti par l’État, à court ou moyen terme, selon le temps qu’elles estiment nécessaire pour retrouver un niveau d’activité identique. Pour estimer la durée de remboursement, les dirigeants doivent s’appuyer sur leurs conseillers. Au moment de la mise en place des PGE, nous n’avions aucune indication concernant les conditions bancaires et craignions que cela coûte trop cher. Depuis, les taux ont été plafonnés. Cela permet d’éviter les abus.

« Pour les TPE et PME, cela devrait permettre, dans les conditions actuelles de taux, de proposer une tarification maximale de 1 à 1,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2022 ou 2023, et de 2 à 2,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2024 à 2026. »

Les entreprises pourront ainsi librement étaler le remboursement des PGE sur une période maximale de 6 ans, comme le prévoit la loi de finances rectificatives du 23 mars 2020. Sachant que le taux du PGE va dépendre de la durée d’étalonnement. Pour les TPE et PME, cela devrait permettre, dans les conditions actuelles de taux, de proposer une tarification maximale de 1 à 1,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2022 ou 2023, et de 2 à 2,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2024 à 2026, coût de la garantie de l’État compris. Ainsi, selon la FBF, pour un PGE de 180 000 € – montant moyen des PGE souscrits par les TPE/PME–, le coût moyen annuel de la prime d’État et des intérêts bancaires s’établirait entre 1600 € et 2200 €, alors que le remboursement annuel du capital irait de 36 000 € et 180 000 € selon la durée d’amortissement choisie.

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Les banques ont-elles joué le jeu ?

Si les banques ont pu se montrer frileuses au départ sur le montant des prêts, globalement, elles ont octroyé les PGE, même si cela a été plus ou moins simple selon les sociétés : il a parfois fallu les rassurer et montrer que l’entreprise en avait besoin. Nous allons voir si cela continue.

Le gouvernement a également assoupli les conditions d’accès. Parmi mes clients, j’ai dû faire face à deux cas de refus. Dans le premier, j’ai saisi la médiation du crédit. L’un des associés a dû faire un apport personnel dans le compte courant de l’entreprise pour que la banque suive. Dans l’autre cas, l’entreprise était déjà en difficulté et un PGE n’aurait fait que les renforcer.

Charlotte de Saintignon

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