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L’actionnariat salarié séduit de plus en plus de PME

L’actionnariat salarié, qui permet d’associer à long terme des salariés au capital de l’entreprise, a doublé dans les PME entre 2015 et 2021. Zoom sur les résultats de la deuxième édition du « Panorama dans l’actionnariat salarié dans les PME » Eres- OpinionWay.

L’actionnariat salarié séduit de plus en plus de PME
L’actionnariat salarié bénéficie d’une très bonne image auprès des chefs d’entreprise, avec plus de huit chefs d’entreprises sur dix qui le considèrent comme « une bonne chose ». © Getty Images

9% des PME sont équipées d’un dispositif d’actionnariat salarié[*]. « Même si le chiffre paraît faible, il est très positif », se réjouit Marie-Noëlle Auclair, directrice du Cube : Expertise & Solutions, chez Eres, spécialiste en actionnariat salarié, épargne retraite et épargne salariale. D’autant plus si on le compare aux 4% de PME qui étaient équipées en 2015.

En prenant en compte les intentions exprimées par les chefs d’entreprise en termes de mise en place d’un dispositif d’actionnariat salarié d’ici trois ans, ce taux devrait passer à 12 % en 2025, « ce qui nous laisse augurer un triplement de l’actionnariat salarié dans les PME en 10 ans. Il y a un vrai engouement pour mettre en place ces mécanismes. Cela ne dépend ni de la taille des entreprises, ni de leur chiffre d’affaires ou du fait qu’elles soient cotées ou non. Même une petite entreprise peut associer ses collaborateurs à son capital », assure la directrice.

En revanche, si le gouvernement souhaite que 10 % du capital des entreprises soit détenu par leurs salariés en 2030, pour l’heure, la part du capital détenue par les salariés dépasse seulement les 10 % dans plus d’un tiers d’entre elles.

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Imperméabilité à la crise

Cet ensemble de dispositifs semble ne pas avoir souffert de la crise. « La conjoncture n’est pas un frein : les opérations se sont faites malgré la crise et le contexte économique », note Marie-Noëlle Auclair, avec 43 % des plans qui ont moins d’un an. Si la majorité d’entre eux concernent moins de 50 % des salariés –soit les managers clés ou une communauté de managers –, près d’un tiers sont collectifs. « Ces plans ciblés sont une première marche vers un élargissement. Les entreprises y vont pas à pas », se rassure-t-elle.

Un élan qui a été en grande partie favorisé par les différentes dispositions de la loi Pacte – forfait social à 10 %, abondement unilatéral de l’entreprise de 2 % sans condition de versement, partage de 10 % maximum de la plus-value de cession réalisée au profit des salariés ou un taux de décote sur le prix de l’action porté à 30 %.

« L’actionnariat salarié améliore le dialogue social, renforce la gouvernance des entreprises et permet de meilleures informations et communications avec les collaborateurs. »

Autre résultat encourageant pour la suite, l’actionnariat salarié bénéficie d’une très bonne image auprès des chefs d’entreprise, avec plus de huit chefs d’entreprises sur dix qui le considèrent comme « une bonne chose ». Ainsi, « même ceux qui ne l’ont pas mis en place le voient d’un bon œil », note Marie-Noëlle Auclair.

Les motivations qui les ont conduit à mettre en place un tel dispositif sont en grande majorité pour le bénéfice des salariés (98 %) afin de satisfaire le triptyque, impliquer, motiver, fidéliser. En outre, « l’actionnariat salarié améliore le dialogue social, renforce la gouvernance des entreprises et permet de meilleures informations et communications avec les collaborateurs », ajoute Marie-Noëlle Auclair.

Autres bénéfices attendus, du côté des entreprises qui peuvent ainsi améliorer leur package de rémunération, renforcer l’attractivité de l’entreprise et se financer. Parmi celles qui ont fait le choix, plus de la moitié (56 %) envisagent de l’amplifier et plus de 9 sur 10 (93 %) sont prêtes à renouveler l’opération. En outre, la directrice du Cube se félicite que l’actionnariat salarié soit devenu un pilier de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et entre désormais dans les critères d’analyses ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

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Déficit de culture

Malgré cet engouement, des freins demeurent, au premier rang desquels une résistance psychologique comme le souci de discrétion, notamment dans les plus petites entreprises. Ainsi les enjeux de confidentialité (44 %) et de transmission de l’entreprise (41 %) arrivent en tête des freins exprimés. « Il y a une méconnaissance des dispositifs et un déficit de culture de partage d’informations financières ou mêmes stratégiques avec les collaborateurs dans les plus petites entreprises, regrette Marie-Noëlle Auclair. Pourtant, il est tout à fait possible de transmettre une entreprise à ses enfants même si une part du capital est détenu par les salariés », rappelle-t-elle.

« Les petites entreprises n’ont souvent pas la structure nécessaire pour gérer ce projet. Quand l’entreprise est accompagnée, la complexité n’existe plus car le professionnel va lui poser les bonnes questions et gérer les bons interlocuteurs. »

D’autre part, une meilleure connaissance des mesures de loi Pacte pourrait favoriser sa mise en place. Mais l’accompagnement reste la clé du succès. Les entreprises l’ont compris avec 84 % des entreprises équipées qui ont fait appel à un expert pour le montage du dispositif. « Les petites entreprises n’ont souvent pas la structure nécessaire pour gérer ce projet. Quand l’entreprise est accompagnée, la complexité n’existe plus car le professionnel va lui poser les bonnes questions et gérer les bons interlocuteurs », confirme Marie-Noëlle Auclair.

Autre enjeu majeur pour la réussite du projet, la communication. Parmi les outils les plus utilisés, les réunions d’information en présentiel, les mails d’information, les brochures, publications sur l’intranet, vidéos explicatives… « La communication a été facilitée par les outils digitaux comme les simulateurs, vidéos, qui sont plus ludiques et pédagogiques et favorisent l’adhésion des collaborateurs », conclut Marie-Noëlle Auclair.

[*] Étude Eres panorama de l’actionnariat salarié 2022 dans les PME réalisée par téléphone de septembre 2021 à février 2022 auprès de représentatif de 418 entreprises non cotées, du secteur privé, de 20 salariés et plus.

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Charlotte de Saintignon

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