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Défaillances d’entreprises : « le mois de mars marque un véritable point d’inflexion »

Si le niveau des défaillances d’entreprises reste exceptionnellement bas au 1er trimestre 2021, le nombre de procédures ouvertes monte en flèche durant la seconde quinzaine de mars, selon la dernière étude du groupe Altares.

Défaillances d’entreprises : « le mois de mars marque un véritable point d’inflexion »
« Le mois de mars marque un véritable point d’inflexion, tant sur le rythme des ouvertures de procédures que sur leur physionomie, puisque 79 % des jugements mènent désormais à la liquidation de l’entreprise », exposent les auteurs de la dernière étude du groupe Altares. © Adobe Stock

Le début de la fin ? « Le mois de mars pourrait constituer un point de bascule, alerte Thierry Millon, directeur des études Altares. Sur les deux premières semaines de mars, les défaillances d’entreprises sont en très fort recul (- 48 %), mais sur les deux suivantes elles explosent de 155 % comparées à la même période de 2020 qui marquait le début du confinement, le gel des cessations de paiement, la fermeture des juridictions. »

La façade en trompe-l’œil arborait pourtant de belles couleurs en janvier et en février, affichant respectivement – 35 % et – 45 % de procédures ouvertes par rapport à début 2020. Avant que l’enduit se décolle en mars avec – 13 % seulement (- 48 % en première quinzaine et + 155 % en seconde). Un premier retour à la réalité qui n’entache que peu un bilan encore d’exception : seulement 7 403 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au 1er trimestre 2021, soit une baisse de – 32,1 % par rapport au 1er trimestre 2020. Mais qui ne présage rien de bon.

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8 jugements sur 10 sont des liquidations directes

Au-delà du nombre de procédures ouvertes qui repart à la hausse, l’inquiétude porte sur le retour en trombe des liquidations judiciaires directes : + 211 % au 1er trimestre 2021 par rapport au 1er trimestre 2020. « Le mois de mars marque un véritable point d’inflexion, tant sur le rythme des ouvertures de procédures que sur leur physionomie, puisque 79 % des jugements mènent désormais à la liquidation de l’entreprise », exposent les auteurs de la dernière étude du groupe Altares.

Un indicateur qui révèle (enfin) le choc de la crise sur la trésorerie des entreprises. « C’est en mars qu’émergent des chiffres concrets sur la détresse de centaines d’entreprises qui se trouvent en cessation de paiement, en dépit des dispositifs de soutien publics. Car désormais, 8 entreprises sur 10 qui se présentent devant les tribunaux sont directement liquidées, un taux jamais atteint depuis 20 ans », révèle Thierry Millon.

Sans surprise, ce sont les TPE de moins de 3 salariés qui concentrent les trois quarts des procédures ouvertes au 1er trimestre 2021 (5 609 procédures sur 7 403, un nombre en recul dans l’absolu de – 31 %). Signe de l’état de leur situation financière, 80 % d’entre elles sont placées directement en liquidation judiciaire.

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Des signes de fragilité dans le BTP, le commerce et les services

Si les défaillances d’entreprises sont beaucoup moins nombreuses grâce aux aides publiques dans tous les secteurs, plusieurs signes de fragilité apparaissent. Il en va ainsi dans le BTP où la situation devient « tendue » du côté de l’immobilier (+ 85 % en promotion immobilière, + 15 % pour les marchands de biens et loueurs de biens) pour un retrait global de – 32 % des procédures. Idem pour le commerce où la baisse globale de – 35 % s’atténue en optique et pharmacie.

Pas mieux du côté des services aux entreprises où le nombre de jugements augmente de + 35 % en conseil en relations publiques et communication et de + 30 % en location de courte durée de voitures et de véhicules automobiles légers (pour une diminution totale du secteur de – 23 %). L’agriculture se contracte également (- 12 % seulement au global), des tensions s’observeraient dans la pêche en mer, la culture de la vigne et l’élevage de bovins et de volailles.

Dans le détail des défaillances par régions, même constat. La baisse record du nombre de défaillances s’étend encore sur tout le territoire. Mais un retour à la hausse pointe en Bretagne (+ 14 % dans l’agriculture, + 4 % dans les services aux entreprises), en Auvergne-Rhône-Alpes (+ 9 % dans l’Allier, + 25 % dans la Haute-Loire) et surtout dans les territoires d’Outre-mer (+ 10,5 % en Guadeloupe, + 58 % à La Réunion).

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63 000 entreprises « zombies » en France

Selon le groupe Altares, la France compteraient 63 000 entreprises « zombies », soit 5,3 % des sociétés commerciales. Ces entreprises présenteraient hors contexte Covid un risque de défaillances 2,3 fois supérieur aux autres sociétés commerciales. « Un risque qui grimpera encore à l’extinction des aides », prévient Thierry Millon qui confirme que la fin du quoiqu’il en coûte sera un défi pour de nombreuses structures, hors celles « zombies », qui « ne passeront pas ce cap sans difficulté ».

« Les entreprises qui ressortiront de cette crise dans les meilleures conditions sont celles qui, au-delà de leur propre situation financière, pourront compter sur des fournisseurs et des clients fiables et solides. Gare à l’effet domino au moment de la reprise, le risque de défaut des clients est en effet très élevé », analyse-t-il.

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Matthieu Barry

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