Interview

Baptiste Derongs, cofondateur de Pipplet : « le problème ne vient pas de la manière dont on apprend les langues, mais de leur évaluation »

Baptiste Derongs, Adrien Wartel et Matthieu Herman sont les cofondateurs de Pipplet, un test créé en 2015 qui compte parmi les 8 certifications reconnues par l’État. Accessible au grand public comme aux entreprises, cette nouvelle épreuve évalue le candidat sur des conditions qu’il peut rencontrer en entreprise. La certification se décline en 8 langues, auxquelles viendront bientôt s’ajouter le mandarin et le japonais, projettent ses créateurs. Baptiste Derongs partage son avis sur l’évaluation de la maîtrise des langues en France, point de départ de l’aventure Pipplet.

Baptiste Derongs, cofondateur de Pipplet : « le problème ne vient pas de la manière dont on apprend les langues, mais de leur évaluation »

Pourquoi inventer une nouvelle certification nationale ?

Le premier signal est venu lorsque l’on a appris l’anglais. Nous sommes tous les 3 ingénieurs donc on a étudié l’anglais pendant des années. Mais lorsque l’on a commencé notre premier boulot à Londres, ça a été très difficile de passer un simple coup de fil par exemple. Les vrais moments de vie on ne les apprend pas à l’école… Le second signal a été notre retour en France après 3 ans à l’étranger : on a dû passer le TOEIC où l’on a été évalué sur les règles de grammaire. Pourtant, le plus important dans le secteur professionnel, c’est de savoir utiliser la langue pour communiquer.

Qu’est-ce qui est différent avec Pipplet ?

De nos expériences, on en a conclu que le problème ne venait pas de la manière dont on apprend les langues mais de comment on les évalue. Pipplet met les candidats dans une situation de travail. Un chatbot (agent conversationnel) demande au candidat, face à son écran, d’écrire un mail à son patron en utilisant le vocabulaire adéquat, pose des questions ouvertes… il n’y a aucun QCM dans notre méthode d’évaluation. Nous offrons aussi un petit plus : une évaluation orale. Le chatbot pose une question et la réponse du candidat est enregistrée. Mais attention : ce n’est pas le robot qui évalue les tests. Tout est ensuite envoyé à nos 50 correcteurs en chair et en os, vivants aux 4 coins du monde.

Les entreprises sont-elles convaincues par cette nouvelle méthode d’évaluation ?

Nous commençons à être reconnus. Nous possédons une cinquantaine de clients parmi lesquelles 40 % de grandes entreprises comme Renault et de nombreuses grosses PME comme Zalando.  20 %  sont des cabinets de recrutement et 40 % des organismes de formation, des écoles de commerce… Bien qu’elles ne représentent pas un gros pôle, les TPE-PME exportatrices ont aussi beaucoup recours à nos services. Pour coller au plus à ce qu’attendent nos clients, nous développons des tests personnalisés en fonction des différents secteurs. Nous ne demanderons pas la même chose à un salarié issu du domaine du luxe et à un employé expert en relations clients. On en a une petite dizaine en stock et on en développe de nouveaux en fonction des demandes.

Pipplet est un test en ligne. Comment faites-vous pour éviter les triches ?

Il est vrai que 99 % des candidats passent le test sur leur ordinateur. Si l’organisme de formation ou l’entreprise nous le demande, nous pouvons vérifier l’identité du postulant en prenant des photographies à intervalles réguliers par le biais de sa webcam. Nous avons aussi la possibilité de filmer le candidat pendant qu’il passe le test si le client souhaite un maximum de sécurité. Mais en général ce n’est pas demandé. De toute manière, en passant l’épreuve orale, on s’aperçoit rapidement si la voix est la sienne ou non et le tricheur sera vite démasqué.

A-t-il été difficile d’obtenir une certification nationale ?

Pour que Pipplet soit reconnue à l’échelle nationale, le processus a été assez long. Cela nous a pris entre 6 et 8 mois. Pour l’obtenir, nous avons  travaillé avec des linguistes afin d’obtenir les questions les plus pertinentes pour les 8 langues que nous certifions. Les résultats émis se basent sur le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL), qui comporte 6 niveaux de A1 à C2. Pour plus de détails sur le niveau de l’examiné, nous le notons en plus de 0 à 100. Finalement, ce qu’il manque à notre certification pour qu’elle ait la même valeur que le TOEIC, c’est seulement du temps, afin qu’elle soit autant utilisée.

 

Propos recueillis par Melissa Carles 

Evaluer ce contenu :

Baptiste Derongs, cofondateur de Pipplet : « le problème ne vient pas de la manière dont on apprend les langues, mais de leur évaluation »
4 (79.13%) 69 votes

Pour aller plus loin Sur le même sujet

Commentaires :

Laisser un commentaire