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Financer son projet en période de crise : « Il faut avancer pas à pas en mode incrémental »

La conférence inaugurale du salon SME 100 % online le 12 octobre a été l’occasion de revenir sur le financement pour créer ou développer son entreprise. Pour financer son projet en cette période de crise sanitaire et économique, les cinq invités ont tous reconnu l’importance d’avoir un marché avant de se lancer, de se faire accompagner et d’être capable de rebondir.

Financer son projet en période de crise : « Il faut avancer pas à pas en mode incrémental »
« En période de crise, il est plus que jamais nécessaire de présenter des business plans et business models solides et encore plus de se montrer versatile », explique Frédéric Guibert, directeur de la Création et de l’Entrepreneuriat à la BPI. © Adobe Stock

« Il faut prévoir une deuxième vague d’accompagnement des entreprises à partir de mars et avril 2021. Sinon l’argent versé via le PGE n’aura servi à rien, à part repousser pour mieux sauter », entame Carole Juge-Llewellyn, CEO et fondatrice de Joone, marque d’hygiène et de soins pour les femmes et les enfants. Avec les échéances des PGE qui vont tomber à la fin du premier trimestre 2021, « les difficultés vont arriver d’ici la fin de l’année, début 2021 », confirme Philippe Cornu, directeur du marché des professionnels au Crédit Agricole S.A.

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Pour Frédéric Lavenir, ces difficultés vont même arriver plus tôt : « La période de tous les dangers, c’est dès cet automne », affirme le président de l’Adie, association qui accompagne et finance 60 000 entrepreneurs sur des micro-projets avec des « perspectives de croissance réelles mais modestes » d’un montant maximum de 10 000 € que les banques ne financent pas ; soit essentiellement des projets de consommation de proximité (commerce de proximité, commerce ambulant, petite restauration). « Si début septembre, nos entreprises tenaient bien le choc grâce au bon fonctionnement du fonds de solidarité, depuis mi-septembre, tout se tend », confirme-t-il, anticipant toutes les échéances que les entreprises doivent à nouveau honorer depuis mi-septembre (fiscales, loyer, etc.) et une activité qui repart de manière très inégale.

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« La réactivité est la clé de la réussite »

Être accompagné permet de rassurer les banques ou les éventuels partenaires financiers, un point d’autant plus important en cette période de crise où le marché se tend. « En termes de financement, nous sommes à la fin d’une période euphorique, sur un marché avec une incapacité à avoir des metrics qui permettent de savoir quel est le ROI anticipable pour un investisseur par exemple. Il est compliqué de se projeter pour certains sur les levées de fonds », explique Frédéric Guibert, directeur de la Création et de l’Entrepreneuriat à la BPI.

« Le restaurateur qui s’est mis immédiatement à la livraison à domicile a tenu. »

Pour lui, il est plus que jamais nécessaire de présenter des business plans et business models solides et encore plus de se montrer « versatile », soit d’avoir la capacité de s’adapter rapidement à un changement de contexte. « La réactivité est la clé de la réussite. Ainsi, le restaurateur qui s’est mis immédiatement à la livraison à domicile a tenu. Mais encore faut-il avoir la mobilité d’esprit et la capacité financière pour mettre en place ce qu’il faut », tempère Frédéric Lavenir.

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« Faire passer le client au premier plan »

Encore faut-il également justifier auprès de ses partenaires financiers qu’il y a un marché et que son produit correspond à un réel besoin. Cela est d’autant plus vrai en période de crise. « Quand on écoute celui qui va acheter, on a plus de chances de vendre », explique Nicolas Chabanne, le fondateur de C’est qui le patron ?!, marque créée par les consommateurs pour pouvoir reprendre le contrôle de leur alimentation.

« Il faut avancer pas à pas en mode incrémental. Un projet ne se construit pas en un bloc. »

« Avec les études de marché et les services marketing et de R&D, on a peut-être oublié que la première question à se poser est de savoir si son projet intéresse son voisin. » C’est ce qu’a fait cette coopérative de consommateurs en lançant une brique de lait créée par les consommateurs et vendue au juste prix pour permettre aux producteurs d’en vivre. « Le client passe toujours en premier. Il faut s’intéresser à leurs besoins », confirme Carole Juge-Llewellyn. D’autant qu’avec le digital et les réseaux sociaux, la communication est largement facilitée. Les entrepreneurs peuvent toucher et parler avec le consommateur et démontrer qu’ils ont bien un marché.

« Dire à mon banquier j’ai parlé à 500 000 personnes sur les réseaux sociaux et 97 % d’entre eux m’ont dit qu’ils avaient besoin de produits clean pour leurs enfants m’a permis de valider mon idée. Avant de développer un nouveau produit, je sollicite 3 000 mamans ou papas pour connaître leur avis », explique la fondatrice de Joone. Tester des hypothèses et avancer en mode test and learn, c’est également ce que conseille Frédéric Guibert de la BPI : « Il faut avancer pas à pas en mode incrémental. Un projet ne se construit pas en un bloc. »

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« On ne monte pas un projet tout seul »

Si « le premier partenaire des entrepreneurs est le consommateur », résume Nicolas Chabanne, ils doivent également s’entourer au préalable des réseaux d’accompagnement, comme Initiative France, Réseau Entreprendre ou France Active. Premier objectif : consolider son apport personnel avec les prêts d’honneur. « Être accompagné est essentiel pour financer son projet. On ne monte pas un projet tout seul. Celui-ci doit avoir été ficelé au préalable par un partenaire », rappelle Philippe Cornu.

« Être accompagné est essentiel pour être financé. »

Autre intérêt de se faire accompagner : s’entourer des compétences qui manquent à l’entrepreneur. S’il a les compétences nécessaires sur son domaine d’expertise, celui-ci ne peut pas maîtriser tous les rouages de la création ou du développement. D’où le conseil formulé par Philippe Cornu : « Il faut se connaître pour savoir quelles compétences aller chercher ».

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Charlotte de Saintignon

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