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Science et Industrie, de « nouvelles » perspectives


L’environnement dans lequel les firmes évoluent et auquel elles doivent faire face est toujours plus complexe et contraignant. La rapide évolution des hautes et nouvelles technologies induit un espace économique en constante mutation au sein duquel la concurrence s’intensifie. Dans ces conditions, la recherche de nouveaux avantages concurrentiels et la mobilisation de toutes les ressources disponibles deviennent des conditions nécessaires à la survie des entreprises.

En effet, et plus encore dans les secteurs centrés sur la science – comme le secteur des Technologies de l’Information et des Télécommunications ou celui des Sciences de la Vie – les firmes innovantes cherchent à accéder à l’ensemble des connaissances et des ressources technologiques et scientifiques disponibles à un niveau mondial. Cette stratégie vise ainsi à leur permettre de rester toujours au fait des nouvelles avancées, de pouvoir sélectionner de manière pertinente les technologies essentielles pour pouvoir évoluer et rester dans la course, ou encore de trouver la niche d’activités non encore exploitées qui leur permettra de bénéficier d’un positionnement stratégique et d’avantages concurrentiels certains.

On assiste ainsi, essentiellement depuis le début des années 1990, à un accroissement des rapprochements entre le milieu scientifique et la sphère industrielle. Ces derniers peuvent alors prendre diverses formes allant du contrat de partenariat entre une entreprise et un laboratoire de recherche public, à la création de start-ups issues du monde académique, en passant par l’embauche d’un docteur ou d’un post-doctorant dans le but de tirer parti des connaissances et des compétences qu’il a pu acquérir pendant sa formation et son expérience scientifique.

Il est évident que la mise en place de relations de collaborations entre ces deux mondes, traditionnellement considérés comme évoluant de manière cloisonnée, en raison de modes d’organisation et d’objectifs trop distincts, ne constitue cependant pas un phénomène nouveau en soi. En effet, entreprises et laboratoires publics de recherche ont, de tout temps, noué des partenariats ; l’Institut Pasteur, dans le domaine des sciences de la vie, en constitue ainsi un exemple très marquant.

Mais, ce qui est nouveau et récent réside dans l’accentuation de ce phénomène de rapprochement entre la science et l’industrie. On l’a vu, les pressions concurrentielles, les évolutions permanentes et rapides des nouvelles technologies obligent les entreprises à la détention d’un « fonds de connaissances » important et évolutif. De leur côté, les laboratoires de recherche publics sont confrontés à des pressions budgétaires croissantes, qui les obligent à obtenir, ailleurs que dans les financements publics, des sources extérieures pour financer leurs travaux. De plus, les technologies évoluant toujours plus rapidement et engendrant des coûts toujours plus importants, les partenariats de recherche public/privé peuvent également constituer un moyen, pour ces laboratoires, de bénéficier d’équipements qu’ils ne pourraient, sans cela, acquérir. Ce problème de matériels toujours plus onéreux touche bien sûr également les entreprises, et notamment les petites entreprises innovantes, qui peuvent ainsi elles-mêmes se rapprocher du milieu académique pour utiliser de nouvelles techniques. Elles peuvent également chercher à tester la pertinence d’un investissement dans tel ou tel équipement en testant au préalable ce dernier dans un laboratoire de recherche public, qui lui fournira par la même occasion la formation adaptée.

Mais la nouveauté réside également dans les politiques mises en œuvre par les pouvoirs publics, surtout depuis le début des années 1990, pour s’adapter et répondre à ces évolutions. Ainsi, les mesures correspondantes touchent essentiellement les droits de propriété intellectuelle d’une part et les parcs scientifiques d’autre part. Suivies par la majorité des pays de l’OCDE, ces dynamiques s’inspirent des stratégies et des modèles développés par les Etats-Unis depuis les années 1970-1980 pour inciter et faciliter les transferts de connaissances entre la Science et l’Industrie.

En France par exemple, pour ce qui a trait aux droits de propriété intellectuelle, ce tournant fut pris par l’application de la Loi sur l’innovation et la recherche de 1999 (qui s’apparente au Bayh Dole Act mis en œuvre aux Etats-Unis en 1980). Cette loi marque une grande avancée en matière d’ouverture de la recherche publique à l’industrie et au marché. Elle s’exprime notamment à travers l’accès aux droits de propriété intellectuelle qui lui est ouvert, confirmant alors « le rôle de générateur de croissance dévolu à la recherche publique », comme le précise le sénateur Laffitte dans son rapport de 1999 sur le projet de loi sur l’innovation et la recherche. C’est ce rôle qui marque l’enjeu économique que représente la science de nos jours. Plus précisément, la Loi sur l’innovation et la recherche du 12 juillet 1999 permet aux chercheurs et aux enseignants-chercheurs de valoriser eux-mêmes les résultats de leurs travaux, non seulement en déposant des brevets sur leurs inventions ou en concédant des licences, mais aussi en participant à la création d’une entreprise, en détenant un participation dans son capital social, en devenant membre du conseil d’administration ou de surveillance d’une société anonyme ou en apportant leur concours scientifique à une entreprise. Désormais, ils peuvent le faire sans devoir rompre définitivement les liens avec leur organisme d’origine, grâce à des mesures d’incitation à la mobilité (mise à disposition, détachement auprès d’une entreprise). Ainsi, par exemple, de décembre 1999 (date de mise en œuvre de ces dispositions) à juillet 2000, 54 dossiers de création d’entreprises avaient reçu un avis favorable de la commission de déontologie (Schwartzenberg, La politique de soutien à l’innovation, 2000).

L’objectif de cette loi est ainsi de favoriser la mobilité des chercheurs vers le milieu industriel, à travers, par exemple, des conditions fiscales particulières pour les entreprises innovantes qui résulteraient de cette valorisation (commerciale) des résultats de la recherche publique et la création d’incubateurs d’entreprises. Elle consiste également à inciter les entreprises elles-mêmes à se rapprocher des universités et des centres de recherche publics, par diverses actions de valorisation et la création de cellules de valorisation dédiées à cet effet.

C’est essentiellement à cette fin que les parcs scientifiques sont destinés. Ces derniers, dont les génopoles et plus récemment les pôles de compétitivités constituent de bons exemples, consistent en un regroupement, sur un même site et dans des domaines spécifiques, de centres de recherche publics, d’entreprises et d’infrastructures de soutien et d’aide aux transferts de connaissances, à la valorisation économique de la recherche publique et à la création d’entreprises innovantes, comme les incubateurs par exemple. L’objectif de ces parcs scientifiques est ainsi de faciliter les relations qui pourraient se nouer entre milieu académique et sphère industrielle, et donc de dépasser le fossé traditionnel qui les sépare et qui freine ces collaborations. En acquérant une reconnaissance internationale, ces pôles d’excellence se veulent être des sites attractifs pour les entreprises, et notamment les grandes firmes de hautes technologies, afin de nouer des partenariats de recherche. Ces parcs scientifiques se donnent également pour mission de favoriser la création de petites entreprises innovantes, issues essentiellement des laboratoires de recherche publics, qui seront alors elles-mêmes des vecteurs de transferts de connaissance.

Mais en dépit de ces diverses politiques qui ont été développées depuis une vingtaine d’années, le dépassement des habitudes et des cultures propres à chacun de ces milieux reste encore difficile dans de nombreux cas. De plus, se pose le problème du financement de la création des entreprises innovantes et surtout de leurs premières phases de développement.


Source : Sandrine Selosse
ADMEO/CNRS - Université de Nice Sophia-Antipolis
Contact : selosse@idefi.cnrs.fr


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